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La Tondue de Guy CROUSSY - (Grasset, 1980).

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la tondueUN ENFANT FACE A L’INJUSTICE

 

C'est toujours dans notre région Nord-Pas-de-Calais que nous allons à la rencontre, ce mois-ci, d'un écrivain originaire de Pierremont (Pas-de-Calais) où il est né le 20 janvier 1937. Après avoir entamé des études universitaires, il doit les interrompre brutalement pour faire son service militaire en Algérie, dans la montagne kabyle, avec tous les risques que l'on devine dans les circonstances que l'on sait... Cette période de guerre lui inspirera deux romans : « Ceux du djebel » (éditions du Seuil, 1967) et « Ne pleure pas, la guerre est bonne » (éditions Julliard, 1975). A son retour dans la vie civile, il poursuit ses études, devient Docteur ès Lettres et voyage dans tous les pays d'Europe et aux U.S.A. Depuis la publication de son premier roman « La noche » (éditions du Seuil, 1965), Guy Croussy reçoit des consécrations littéraires : prix de la fondation Cino Del Duca en 1967, prix Roland Dorgelès en 1975...

 

Actuellement retraité, Guy Croussy a été enseignant à l'Université de Lille I. Ses dernières publications délaissent quelque peu le roman et font une part plus belle aux essais et à des ouvrages techniques (notamment sur la communication audio-visuelle et ... sur la famille royale de Grande-Bretagne).

Pendant plus d'un quart de siècle (de 1965 jusqu'aux années 1990), G. Croussy a livré à son nombreux public une œuvre romanesque marquée par sa propre expérience de la vie, de l'enfance à l'âge mûr. L'enfance avec « les bleuets » (éditions Julliard, 1974), la jeunesse avec « Ne pleure pas, la guerre est bonne » déjà cité et l'âge adulte avec « Le loup-cervier » (éditions Julliard), adapté à la télévision en septembre 1979 par Alain Dhouailly, et « La concession de la providence » (éditions Julliard, 1978).

 

« La tondue » pose le problème de la situation de détresse d'un enfant face à une cruelle injustice subie par sa mère. Au lendemain de la Libération, en 1944, une femme prénommée Marie est tondue devant les élèves de l'école primaire d'un village du Nord. Parmi les enfants présents se trouve son fils Manuel.

Le roman raconte l'histoire de cet enfant choqué et traumatisé, la honte qui s'abat sur son grand-père cordonnier Virgile Dommage malgré les efforts louables du maire du village, M. Buisson, pour réhabiliter Marie. En fait, Marie avait été résistante, tout comme son père Virgile et son mari, Michel Prudente, fusillé par les nazis. Mais, parce qu'elle avait, paraît-il, soigné un soldat allemand blessé et qu'elle paraissait à ses concitoyens trop « distante » et trop « fière », elle fut considérée comme une « chèvre-émissaire ».

 

Peu après, Manuel fut tondu à son tour et molesté. Contraints de quitter le village et la région, Marie et Manuel connaîtront des tribulations diverses. Marie ira se faire oublier dans une grande ville en essayant tant bien que mal de gagner sa vie sous la protection de son père Virgile qui sera son ange gardien ; quant à Manuel, il se retrouvera à « la Colonie », une institution pour pupilles qui ressemble davantage à une maison de redressement, un bagne pour enfants. Du fait de sa bonne conduite, Manuel sera placé brièvement chez les Fleury, un couple de bourgeois sinistres, et plus longuement chez un couple de mariniers à la fois taciturnes et bohêmes, les Fernez. Mais, Myrtil Fernez est incarcéré la suite de malversations et Manuel est obligé de regagner « la Colonie ».

Plus pour longtemps car, suite à une enquête de l'Assistance Publique, le directeur de l'institution surnommé « le phoque » est démis de ses fonctions.

 

Hélas, Virgile, le protecteur, meurt subitement. Au cimetière, en compagnie de sa mère auprès de qui il va revivre, Manuel se rend brusquement compte que son grand-père ne sera plus à ses côtés, que son enfance est terminée et qu'il va devoir grandir très vite...

 

Ce roman, tout en demi-teintes, laisse suggérer les ambiances plus qu'il ne les décrit. Tout apparaît entre les lignes ; les silences sont éloquents. Au sein d'un monde impitoyable et dur, les personnages rusent avec le sort qui est le leur mais semblent, d'autre part, très fatalistes.

 

En plus des ouvrages précédemment cités, la Médiathèque Gustave-Ansart de Trith-Saint-Léger propose d'autres romans : « Le chasseur de têtes » (éditions Grasset, 1979), l'histoire d'une ascension sociale, « le sphinx » (éditions du Seuil, 1984) sur le thème de la fascination exercée par un super P.D.G. sur ses subordonnés et « Pauvre Pomme » (éditions de Fallois, 1998) sur le thème de l'inadaptation sociale d'un enfant.