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Les rives incertaines par Robert MALLET (Editions Gallimard, 1993)

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les rives incertainesOn sait depuis longtemps que la Picardie demeure une terre d'écrivains. Disparu le 4 décembre 2002, Robert Mallet en était un illustre exemple, en tant que poète, aussi célébré à Amiens (sinon plus...) qu'à Paris. Le recteur Mallet disait-on avec déférence dans sa région natale à ce grand défenseur de la culture picarde. A juste titre car il organisa la création de l'Académie de Picardie en 1964, dont il fut le premier recteur, et participa à la création de l'Université d'Amiens. En 1970, il fut promu recteur de l'Académie de Paris jusqu'à sa retraite en 1980.

 

Robert Mallet vit le jour en mars 1915. Issu d'une famille bourgeoise (père avocat), il était né sous une bonne étoile à Mareuil-Caubert (ou à Paris, là les biographes divergent étant donné que Mareuil-Caubert se situait à proximité des zones de combat du front de la Somme). Très attaché aux lieux de son enfance, le poète –se proclamant pourtant citoyen du monde- défendra jusqu'à son dernier souffle la nature en baie de Somme et pourfendra la menace du « bétonnage » de ce littoral encore préservé heureusement.

 

Jeune homme, il fit ses études secondaires à Neuilly puis au lycée Louis-le-Grand à Paris. Il y fit la connaissance de François Valéry (le fils du grand poète, pas le chanteur !) qui l'amena à découvrir l'œuvre de son père et à susciter la vocation de l'écriture poétique.

Hélas, la guerre éclata de nouveau en septembre 1939. Gravement blessé lors des combats de mai-juin 1940, il fut fait prisonnier et transféré dans un camp où on le soigna tant bien que mal. Réussissant à s'évader, il rejoignit Paris et s'inscrivit au Barreau en tant qu'avocat stagiaire. C'est alors qu'il décida d'entrer dans la Résistance.

 

A la Libération en 1944, c'est l'éclosion d'une grande carrière littéraire doublée d'une non moins grande carrière universitaire. Afin d'éviter une fastidieuse énumération des titres de gloire de l'écrivain, on ne saurait trop conseiller au lecteur curieux de se référer au tome 9 de « L'histoire de la poésie française » de Robert SABATIER (éditions Albin Michel) disponible en Médiathèque. Plusieurs sites internet consacrent également des notices à Robert Mallet, notamment celui des éditions Gallimard et celui intitulé www.evene.fr (en dehors de l'incontournable Wikipedia !).

 

« Les rives incertaines » a reçu peu après sa parution le prestigieux prix mondial Cino Del Duca. Dans ce roman apparaissent en décor Paris et, surtout, la baie de Somme dont l'ambiance et le climat servent de révélateurs aux véritables traits de caractère des personnages. Le charme de la vieille cité de Saint-Valéry-sur-Somme contribue aussi à apporter une atmosphère plus chaleureuse.

Bertrand Fréchencourt, 44 ans, célibataire, mène une existence rangée et un peu morne entre ses occupations professionnelles (ingénieur agronome), sa demi-sœur Nathalie très possessive et quelques aventures sentimentales sans lendemain. Le jour où il rencontre Cora Bailleul, 19 ans, à Paris au jardin du Luxembourg, il ressent instinctivement que cette liaison ne sera pas comme les autres. Bertrand a cependant du mal à croire au grand amour. Il ne se livre qu'avec retenue, la différence d'âge y étant peut-être pour quelque chose. Il est aussi très attaché à son indépendance... Cora, issue d'une famille bourgeoise (un père notaire à Poitiers), cherche à s'émanciper d'un carcan familial trop étroit. Elle paraît lointaine voire ironique au début de sa liaison, un peu en décalage.

 

Un jour d'octobre, Bertrand accepte l'invitation de Cora de passer un week-end dans la villa de sa tante Judith, 60 ans, demeurant à Saint-Valéry-sur-Somme. Il y est reçu très chaleureusement, l'employée de maison appliquant à la lettre les directives de Judith.

 

D'autres week-ends, bien entendu, suivront... Quand Bertrand rencontre Judith, il est à la fois intimidé et intrigué : elle semble si cultivée, si accueillante, presque maternelle ... et à la fois très secrète. Il y a bien cette chambre à l'étage de la villa, toujours fermée à double tour, dont seule Judith possède la clef. Y cache-t-elle un souvenir douloureux de son passé ? Insensiblement, Bertrand se détourne de Cora et se rapproche de Judith. Celle-ci, au début, tente de garder ses distances en arguant (aussi !) de la différence d'âge.

 

Cependant l'amour finit par être le plus fort et il faut en même temps se cacher de Cora... On atteint là les « rives incertaines » du continent des sentiments. Se pose alors aux deux amants la question de l'issue d'une telle liaison... Question insondable, on s'en doute.

A vous lecteur de vous plonger dans la lecture de ce livre écrit comme on peut peindre une peinture impressionniste : tout en demi-teintes, tout en subtilités, tout en nuances comme le paysage de la baie de Somme !

 

La Médiathèque possède un autre roman de Robert Mallet, publié en 1985 : « Ellynn ». Dans les verts paysages d'Irlande, l'histoire des relations complexes et passionnées entre un père artiste-peintre et sa fille Ellynn.