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Les Peupliers de la Prétantaine par Marc BLANCPAIN (Denoël, 1961)

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les peupliers de la pretantaineDisponible à la Médiathèque et à la Bibliothèque annexe du hameau du Poirier, ce roman oublié depuis quelques décennies mérite amplement d'être redécouvert, ne fut-ce parce qu'il est enraciné dans la Thiérache toute proche et qu'il offre une étude de mœurs fort pénétrante d'un milieu fermé, comme pour les films de Claude Chabrol, par exemple, dans le domaine du cinéma.

 

Marc Blancpain, pseudonyme de Marc Benoni, né le 29 septembre 1909 et décédé le 7 avril 2001, a été un écrivain fécond (plus d'une trentaine de romans, d'ouvrages historiques, d'essais...). Originaire du Nouvion-en-Thiérache (nord de l'Aisne), il est vite « monté » à Paris et est devenu secrétaire général (1945) puis président de l'Alliance française de 1976 à 1993 dont l'objectif est la diffusion de la langue et de la civilisation françaises dans le monde par l'intermédiaire de plus de 1000 comités et associations. Très célèbre dans les années 1950 et 1960, on trouve actuellement dans les dictionnaires et encyclopédies peu de notices le concernant car il est, depuis quelque temps, quelque peu oublié...

 

Situé à Tournehéries, un village imaginaire qu'on pourrait situer dans un triangle comprenant Guise, Maubeuge et Hirson, le domaine de la Prétantaine est une vaste exploitation agricole vivant en autarcie dans cette Thiérache encore sauvage et à l'écart des grands axes de communication. A la tête du domaine règne Charles, un rouquin sanguin et barbu, à la fois cassant, ironique et taciturne. Seul maître du lieu après les morts (officiellement) accidentelles de son père Nicolas et de son frère aîné Bréaud, il en impose également sur le plan corporel : sa bedaine est tellement épaisse que la table de chêne de la salle de séjour a été découpée exprès pour y loger son ventre ; c'est sur ce détail que débute le roman.

 

L'action se situe en 1960. Charles est veuf depuis dix ans de Clémence morte tragiquement en pleine jeunesse (son corps a été retrouvé dans un cours d'eau au pied d'une écluse). Officiellement, encore un accident... Sans enfant et ne s'étant pas remarié, Charles reporte son affection sur Jeanne, la fille de Bréaud, seule héritière du domaine.

 

Quant à Marie, vieille dame énergique, elle supervise les tâches ménagères du domaine. D'origine normande, tout comme Clémence qu'elle avait connue, éduquée et dorlotée dès sa plus tendre enfance, elle avait accouru à la Prétantaine lorsque sa protégée lui avait confié ses déceptions peu après son mariage ainsi que son sentiment de solitude morale. Pourtant, la jeune femme avait réussi à illuminer de sa présence une demeure que les gens du pays avaient surnommée « la maison des ours ». Nicolas et Bréaud, notamment, étaient tombés sous le charme.

Depuis la disparition brutale de Clémence, Marie avait toujours soupçonné Charles, qu'elle n'a jamais aimé, d'avoir tué sa femme par jalousie ainsi que son père et son frère pour prendre possession rapidement du domaine.

 

Un jour, Charles annonce à table son départ prochain avec un groupe d'agronomes et d'agriculteurs pour la Hollande afin de se former pour moderniser son exploitation. Marie profite alors de l'absence du « patriarche » pour se décider à mener sa propre enquête. Un matin, elle fait le ménage dans la chambre de Raymond surnommé « le baron », un Ardennais de 48 ans solide à la tâche, bien formé dans une école d'agriculture, à la fois adjoint et « souffre-douleur » de Charles. Elle y découvre, bien cachés, huit lingots d'or... Raymond exerçait-il un chantage sur Charles ?

 

Un peu plus tard, c'est dans la chambre de Norbert, jeune homme de 23 ans, dégourdi, rentrant tout juste de son service militaire en Algérie, qu'elle découvre une photographie étrange datant de septembre 1949 faisant figurer Norbert, alors âgé de 13 ans, en compagnie de Clémence et d'un homme jeune qu'elle identifiera bientôt : Etienne Delameuse, un avoué de Valenciennes. A l'époque, il se rendait souvent à la Prétantaine en fin de semaine afin de profiter des étangs poissonneux. Mais, y venait-il uniquement pour pêcher ?

Et que dire du médecin de Tournehéries, Lederup, qui connut quelques ennuis à la Libération en 1944 ? Il était présent lors de la découverte des corps sans vie de Nicolas et de Bréaud. Cache-t-il quelque chose ?

 

Outre une réelle intensité dramatique, il règne constamment dans ce roman une atmosphère lourde et poisseuse, comme dans certaines œuvres de Georges Simenon. Que de secrets enfouis dans les cœurs ! Mais que les amoureux de l'Avesnois et de la Thiérache se rassurent : ils y trouveront, aussi au fil des pages, des témoignages d'un art de vivre dans une région où les notions de solidarité et de goût du travail bien fait ne sont pas de vains mots.

 

Avec l'analyse de ce roman, nous laisserons le dernier mot à Marc Blancpain. Il écrit ceci dans sa préface aux « Peupliers de la Prétantaine » : « tu n'es pas, me suis-je reproché, un auteur à la mode ; tes paysans ne vivent pas en Provence et il leur arrive d'être beaux et propres et d'avoir du jugement... Pour moi, il y a une réalité paysanne et un fantastique au ras de la terre féconde, qui sont fort éloignés des poncifs à la mode, mais qui sont... Je m'y tiens encore dans ce récit ».

 

D'autres ouvrages de Marc Blancpain (romans et récits historiques) sont disponibles en Médiathèque. N'hésitez pas à vous y renseigner.

Enfin, signalons qu'une adaptation télévisée en six épisodes de ce roman a été réalisée en 1975 par Jean Herman avec le concours de Marc Blancpain pour les dialogues. On note la présence d'acteurs renommés de l'époque : Jacques Alric (Charles), Catherine Hubeau (Clémence), Vania Villers (Etienne Delameuse), François Maistre (Lederup) entre autres... Cette adaptation a été diffusée sur FR3 fin 1975-début 1976 (renseignements aimablement communiqués par M. Jean-Noël Marquet de l'I.N.A. Nord à Lille).