logo trith

Monnaie bleue par Jérôme Leroy (éditions du ROCHER, 1997)

Envoyer Imprimer
AddThis Social Bookmark Button

monnaie bleueJérôme LEROY, né en 1964 à Rouen, est devenu depuis quelques années une valeur sûre de la littérature française « noire », dans la lignée de Frédéric FAJARDIE décédé prématurément le 1er mai 2008 à 61 ans. Ce Normand est devenu Nordiste d'adoption suite à une mutation professionnelle, il y a une quinzaine d'années. Il était encore, il y a deux ans, professeur de français dans un collège d'une Z.E.P. de Roubaix. Demeurant toujours dans la région, il a démissionné de l'Education Nationale et se consacre désormais à l'écriture de textes de littérature « noire » (romans, nouvelles) inspirés par l'évolution d'une société déshumanisée où l'homme est devenu entièrement au service d'une économie marchande. Il collabore également à l'hebdomadaire lillois « Liberté » (disponible en Médiathèque) où il signe la rubrique « Le talon de fer » ; il y réagit à l'actualité immédiate avec un humour très corrosif.

 

« Monnaie bleue » met en scène une France, dans un futur proche, aux prises avec une crise sociale sans précédent où la société malade est dominée par l'argent, la violence et le sexe et où nul espoir d'émancipation n'est permis. Laurent Sandre, le héros principal, est professeur de français dans un collège « difficile » de la métropole lilloise (vraisemblablement Roubaix) qui connaît des émeutes raciales de plus en plus fréquentes. Taciturne, solitaire, à l'écart du monde, il intrigue ses collègues et ses élèves. Il ne reçoit pratiquement personne chez lui, cherche à décourager tout contact amical, ne se distrait qu'en lisant « L'Equipe » ou en écoutant le « multiplex » de football sur Europe n°1 ou encore en dégustant une chope de bonne bière dans un café du centre-ville. Et puis, il y a ces petits comprimés bleus, véritables tranquillisants qu'il est condamné à absorber à intervalles très réguliers sous peine de sombrer dans des crises d'angoisse. Cette « monnaie bleue » lui permet de surnager, de garder la tête hors de l'eau, mais pas de vivre une vie pleinement normale. Et puis encore, il y a aussi la belle Aurore, professeur d'éducation physique au collège, dont Laurent est secrètement amoureux car il sait qu'il ne pourra pas être heureux impunément s'il vit sa liaison au grand jour. (Mal) mariée à un cadre supérieur fortuné mais impuissant, elle traîne sa frustration. Inévitablement, la rencontre entre Laurent et Aurore finit par avoir lieu et c'est un véritable coup de foudre entre les deux êtres. Un voile noir se déchire brusquement, la lumière réapparaît et Laurent retrouve le goût perdu de la vie d'avant...

 

La vie d'avant... quand Laurent Sandre s'appelait de son vrai nom Denis Clément, jeune écrivain prometteur, amoureux fou de la belle Agnès Desreaux depuis le lycée de Rouen. Très ambitieuse, Agnès exerce un véritable ascendant sur Denis. Abandonnant ses études supérieures (préparation à l'Ecole Normale Supérieure), il lui est complètement soumis. Puis, ils partent s'installer à Paris. Elle y termine brillamment ses études. Quant à Denis, il achève l'écriture d'un premier roman, fréquente des cocktails littéraires, trouve un éditeur par l'intermédiaire d'un ami d'Agnès. Imperceptiblement, le comportement d'Agnès change : la jeune femme non-conformiste soigne ses relations parisiennes et finit par rejoindre l'entourage de personnalités haut placées dans le milieu politico-financier. A l'issue de l'obtention de son D.E.S.S. (l'équivalent aujourd'hui d'un Master), ces derniers lui ouvrent la porte d'une carrière prometteuse dans un grand siège social. Inévitablement la rupture intervient : Denis ne fait plus partie de sa vie ; elle le quitte sans explications.

 

Dans un état de grande détresse psychologique, le jeune homme arrive, peu à peu, à reprendre pied en voulant se venger de ceux qui lui ont « pris » Agnès. La descente aux enfers commence car il ne sait pas encore à qui il a vraiment affaire...

 

Nous n'en dirons évidemment pas plus... Quelques mots sur le style de ce roman : un contraste saisissant entre la froideur apparente et une sensibilité que l'on sent affleurer à tout moment ; mais celle-ci ne déborde jamais dans le mélodrame. Et aussi, le constat clinique et désabusé d'un contexte social déprimant d'une France dirigée par des « gagneurs », hommes insatiables et sans scrupules, profitant d'une crise dont on ne voit pas l'issue.

 

La noirceur du propos est tempérée, de temps à autre, par quelques épisodes heureux, mais trop brefs, qui témoignent de la nostalgie pour une époque plus douce à la fois proche et révolue.

 

En tout cas, une lecture dont on ne sort pas indemne !

 

Jérôme LEROY est venu, en juin 1996, à la Médiathèque de Trith-Saint-Léger pour y présenter au public sa biographie de Frédéric Fajardie publiée aux éditions du Rocher en 1994. La Médiathèque possède une petite dizaine de ses œuvres (renseignements sur place).