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Le médecin de charme par André STIL - (éditions Grasset, 1980)

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medecin de charmeOn ne présente plus André Stil aux plus de quarante ans dans notre région. D'ailleurs l'ampleur de sa carrière et d'une vie bien remplie dépasse largement le cadre de cette petite chronique. Nous ne donnerons que quelques jalons pour les plus jeunes.

 

Né le 1er avril 1921 à Hergnies, le futur écrivain est issu d'une famille modeste et chaleureuse. Son goût et ses facilités pour les études lui permirent l'obtention d'une bourse. Il intégra le lycée Wallon de Valenciennes où, lui, fils de petit artisan tailleur, il fut confronté à l'arrogance des fils de « bonnes familles ». Il se rebella dans un premier temps, mais estima préférable de prendre sa revanche en brillant dans les études. Il put ainsi décrocher avec mention son baccalauréat de philosophie. Hélas, la guerre de 1939 puis l'invasion de la France, l'année suivante, l'obligèrent à rentrer rapidement dans la vie active. Instituteur à Vieux-Condé, à Fenain (Douaisis), puis professeur au collège du Quesnoy, il réussit à la fois à préparer deux licences de Lettres et de Philosophie. Il entra avec courage dans la résistance F.T.P. (Francs-Tireurs et Partisans) et participa à la libération du Quesnoy en 1944.

 

Au sein du Comité National des Ecrivains, il rencontra Louis Aragon qui l'encouragea à écrire, après qu'il lui ait montré ses premiers poèmes d'inspiration surréaliste.

 

Adhérant au Parti Communiste Français, il exerça rapidement des responsabilités au sein de la Fédération du Nord, malgré sa grande jeunesse, en raison des nombreux militants tués par l'occupant nazi.

 

Il quitta rapidement l'enseignement pour le journalisme : à Lille, pour le journal « Liberté » et à Paris pour « Ce Soir » jusqu'en 1949. Par ailleurs, 1949 est l'année de parution de son premier livre : « Le mot mineur camarades... ». Au sein du Parti Communiste Français, il gravit rapidement les échelons : rédacteur en chef du quotidien « L'Humanité » jusqu'en 1959 et membre du comité central du P.C.F. pendant vingt ans jusqu'en 1970 où il fut démis, malgré lui, de ses fonctions.

 

En parallèle de cette vie politique bien remplie, il n'abandonna sous aucun prétexte ses ambitions littéraires. Il écrivit également des dramatiques pour la télévision (« Le petit boxeur » en 1973, « Le dernier train » en 1979, « L'ami dans le miroir » l'année suivante pour n'en citer que quelques-unes...) ainsi que quelques livres pour la jeunesse (dont « J'étais enfant au pays minier », éditions du Sorbier en 1981).

Il poursuivit sa carrière dans le Roussillon. Entretemps, il connut la consécration à deux reprises : en 1967, avec l'obtention du Prix Populiste pour l'ensemble de son œuvre et, dix ans plus tard, par son entrée au sein de la prestigieuse Académie Goncourt. André Stil nous a quittés en septembre 2004.

L'écriture de « Le médecin de charme » a été entreprise en 1979-1980, en parallèle avec la lutte menée par son épouse Moun contre un cancer décelé très tard, voire trop tard...

Ecrit pratiquement à quatre mains par un couple uni depuis quarante ans, ce roman devait constituer une sorte de thérapie, d'exutoire d'une angoisse grandissante en même temps qu'une dénonciation de l'erreur médicale. Déjà installé dans le Roussillon, André Stil a voulu éviter tout règlement de compte personnel et préféra situer l'action à Aulnoye-Aymeries (Nord).

 

Robert Ménage est un médecin respecté, bien intégré et dépourvu de toute « fierté », un notable comme le sont forcément les disciples d'Esculape dans nos petites villes. Une épouse, Noëlle, aimable, qui prend les rendez-vous par téléphone, accueille souvent les patients et qui dispose de loisirs pour cultiver ses deux jardins secrets : l'écriture de contes et la recherche de bibelots rares chez les antiquaires. Enfin, une domestique, Sophie Vacher, qui s'occupe de l'intendance du foyer.

 

Quand arrivent les week-ends où il n'est pas de garde, ce médecin, cultivant en apparence la simplicité, sait profiter de l'existence avec un groupe d'amis de longue date : bonnes tables gastronomiques dans la région, escapades en Belgique, virées en voilier sur la Manche ou la Mer du Nord. Sans oublier, un mois par an, un séjour dans des contrées lointaines, ensoleillées et souriantes.

 

Ce bel ordonnancement va être troublé le jour où Clara Davaine, femme de cheminot de cinquante ans, vient le consulter. Un examen médical de routine pour la rassurer puis on l'envoie à un laboratoire d'analyses médicales. Retour chez le docteur Ménage ... interprétation du bilan ... commentaires ... simplement un peu de cholestérol dont il faudra faire baisser le taux. Cependant, une crainte pour le sein gauche avec l'apparition d'une cicatrice. Après palpation, le médecin assure qu'elle ne doit pas se faire du souci de ce côté-là.

 

Deux ans plus tard, Clara Davaine retourne chez le docteur Ménage. Elle craint qu'au niveau du sein droit ... Nouvel examen. Le médecin ne trouve rien et la rassure à nouveau.

 

Peu de temps après, la sérénité du docteur Ménage sera déstabilisée par le plus grand des hasards. La fille d'un ami cheminot de Clara et Marcel Davaine se marie à Paris. Ils y sont cordialement invités. Le futur marié est un jeune médecin et son témoin est radiothérapeute à la fondation Curie. Une confidence de Clara au cours du banquet amène ces médecins à s'interroger sur son véritable état ; ils l'invitent à effectuer une nouvelle radiographie sur Paris. Elle y consent volontiers et, là, le diagnostic s'avère implacable : cancer du sein déjà bien avancé et le médecin traitant ne s'était rendu compte de rien ! Retour à Aulnoye, cité cheminote, où la rumeur enfle rapidement dans ce milieu professionnel dont la solidarité n'est pas un vain mot. Clara entame alors de longues et interminables séances de chimiothérapie à Valenciennes.

 

A vous lecteurs de découvrir ce roman pour en connaître la fin !

 

La construction du roman est originale. Il est divisé en deux parties pratiquement égales. La première est consacrée au docteur Ménage avec une atmosphère reflétant la tranquillité, la sécurité et un bonheur fortement teinté d'épicurisme. Dans la seconde, la parole est donnée à la malade et à son mari avec une forte impression de deux êtres entrés dans un tunnel bien sombre mais qu'une vieille complicité discrète fait qu'ils ont déjà surmontés de nombreuses épreuves en commun. Cela dit, Clara devient, malgré elle, l'héroïne d'une sorte de film dont le scénario et le dénouement lui échappent.

 

Un roman très naturaliste dans son style, dans la veine de ceux prônés par les frères Goncourt. Une réalité nue, rarement crue mais jamais impudique ou vulgaire. Pas de place non plus pour le misérabilisme.

 

La Médiathèque Gustave-Ansart et son annexe du hameau du Poirier possèdent la majeure partie des romans d'André Stil, à l'exception des plus anciens des années 1950. Ceux et celles qui voudront en savoir plus sur l'homme et l'écrivain pourront consulter avec profit deux ouvrages : « L'optimisme librement consenti », un livre d'entretiens avec Pierre-Luc Séguillon publié chez Stock en 1979 et un second livre d'entretiens avec Jean-Claude Lebrun : « Une vie à écrire » publié chez Grasset en 1993. Enfin, signalons que la revue de littérature régionale « Nord' » lui a consacré un numéro complet en mai 2008 ; on peut le commander dans toutes les bonnes librairies.