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Des petits bals sans importance de Philippe LACOCHE - (Editions Le Dilettante, 1997)

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des petits bals sans importanceIl arrivera dans cette chronique mensuelle que l'on ne remontera le temps que de quelques années pour donner un coup de projecteur sur un auteur contemporain. C'est le cas de Philippe LACOCHE qui sera « redécouvert » alors que son œuvre littéraire est en plein développement. « Des petits bals sans importance » a, par ailleurs, été réédité par le Castor Astral en 2007 et a reçu, la même année, le Prix des Lecteurs de la Baie de Somme.

 

Auteur picard né en 1956 à Chauny (Aisne), Philippe Lacoche est romancier et nouvelliste. Sur le plan professionnel, il est également journaliste au « Courrier picard » et critique au « Magazine littéraire ». Il réside actuellement dans la Somme, près de la côte picarde.

 

Il publie régulièrement ses œuvres, depuis plus de vingt ans, chez de petits éditeurs : Le Dilettante, La Bartavelle, Ledrappier ... Quelques titres ont été primés : « Cité Roosevelt » (1993), Prix du Livre de Littérature de Picardie : « Le phare des égarés » (1995), Prix de la Renaissance française ; « HLM » (2000), Prix du Roman populiste, ce dernier titre étant disponible en Médiathèque, tout comme « Tendre rock », édition des Mille et une nuits (2003). Pour les amateurs de musique et de variété contemporaines, signalons aussi qu'il est l'auteur d'une biographie sur CharlElie Couture (« Couture et le secret de la barbichette », Ed. Vague verte, 1994) et de « Les Ténors du rock », Ed. Jacques Grancher, 1984.

 

Au début des années 1970, un orchestre de jeunes, les « Hans Eder », animait les bals champêtres des villages de l'Aisne et de la Somme. Philippe, Bernard, Jean-Paul, Paul « chauffaient » les salles en reprenant les succès de l'époque (ceux d'Alain Barrière, de Mike Brant, de Frédéric François...). Il fallait interpréter des valeurs sûres et ne pas choquer l'incontournable M. Pontois, organisateur de nombreux bals locaux, sinon c'était la disette assurée ! Pas de place pour l'aventure musicale...

 

Et puis, il y avait Rico, l'accordéoniste, qui était l'animateur du groupe. Forte personnalité, grande gueule et cœur généreux, Rico avait la valse-musette dans le sang. Il avait l'art d'improviser des pots-pourris lorsqu'il sentait que l'ambiance des salles commençait à vaciller...

Un groupe heureux de jouer ensemble malgré la misère des cachets. Et, au retour dans la nuit noire, la possibilité d'écraser quelques lièvres éblouis par les phares de la voiture et de préparer par la suite quelques succulents pâtés ! Les répétitions avaient lieu chez Bernard et Jean-Paul, frères jumeaux, dans leur petite maison de Saint-Simon (dans l'Aisne, près de Saint-Quentin). Les deux frères travaillaient à Saint-Quentin chez le principal pourvoyeur d'emplois de l'époque : la grande usine de cyclomoteurs et de cycles (vraisemblablement Motobécane, devenu M.B.K. depuis son rachat par les Japonais). Bref, un quotidien pas très emballant, mais on y faisait des projets d'avenir. Malgré tout, L'horizon n'était pas bouché et les propositions d'animations de bals ne manquaient pas. Encore quelques bals et on pouvait se payer la chaîne stéréophonique de ses rêves ou permettre au groupe de s'offrir ce micro plus performant qui lui manque tant... Et qui sait ? Un impresario aura peut-être la bonne idée d'aller les voir jouer...

 

Des années d'insouciance avant le début de la grande crise du milieu des années 1970 dont nous ne sommes pas encore sortis. Quelle joie, quand venaient les beaux jours, de se rendre ensemble camper à Ault-Onival (côte picarde), avec toute l'assurance de leur jeunesse et des airs de Keith Richards ou de Brian Jones pleins la tête. L'avenir s'annonçait souriant.

 

Aujourd'hui, Rico est mort et enterré. L'auteur se recueille quelques instants sur sa tombe et se souvient de leur passé commun. Bien sûr, le groupe s'est dispersé depuis longtemps. Par la suite, l'itinéraire de Rico a été pathétique : après un bref passage chez les C.R.S. (une erreur de parcours), il trouve du travail dans une petite entreprise d'électricité générale après une longue période de chômage. Puis vient une progressive descente aux enfers, malgré son mariage et la naissance de deux garçons. Evidemment, l'alcool, les interminables soirées de beuveries... Sans doute était-ce celui du groupe qui acceptait le plus mal de devoir remiser ses rêves au rancart ? Sur ce sujet, l'auteur préfère rester pudique car il garde en mémoire le Rico de sa jeunesse, épanoui, heureux de vivre et de jouer.

 

Cet ouvrage, au style très simple et abordable par des lycéens, raconte donc des tranches de vie douces-amères de jeunes issus du milieu ouvrier pour qui la musique était une aventure (quand même !) qui permettait de sortir d'un quotidien à la fois terne et oppressant. En outre, elle leur permettait de rencontrer toutes sortes de gens sympas, mythomanes, voire un peu escrocs sur les bords ; au cas où on leur ouvrirait une porte vers le succès... De quoi se forger, quoiqu'il arrive, des souvenirs inoubliables. Dans le fond, l'amitié, le plaisir de jouer ensemble et de le communiquer aux danseurs l'emportaient sur tout. Et tant pis si les prestations n'étaient pas toujours parfaites.

 

Alors, des petits bals sans importance les p'tits bals de Picardie ?