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Maria, fille de Flandre de Maxence Van der Meersch (éditions Albin Michel, 1935).

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maria fille de flandreC'est un écrivain tout à fait différent d'André Pierrard que nous vous proposons de « redécouvrir » à travers une de ses œuvres. Très certainement le plus grand écrivain de la première moitié du 20ème siècle, originaire de notre région : Maxence Van der Meersch.

 

N'évoquer seulement que le rayonnement de son œuvre sans parler de la personnalité de l'écrivain relève déjà de la gageure dans le cadre de cette rubrique. Depuis plus de 50 ans, de nombreux travaux universitaires en Europe occidentale s'y sont attachés pour un public restreint, certes, mais cela est révélateur de sa valeur littéraire qui attire toujours les chercheurs. Au niveau du grand public, l'œuvre a connu une période de « purgatoire » dans les années 1960-1970 pour de multiples raisons plus ou moins discutables (aspect supposé « daté » de son œuvre, grande influence du catholicisme social, celui d'avant Vatican II ...). Depuis les années 1980, particulièrement dans notre région, un autre regard est porté sur l'homme et son œuvre : un regard neuf et débarrassé des scories, plus attentif au fait que l'écrivain a réussi à rendre vivante et attachante une population du Nord dans ses différentes composantes sociales et, surtout, une dimension humaniste réelle sans le « prêchi-prêcha » qui peut amener le vieillissement accéléré d'une œuvre.

 

Avant de présenter le roman, précisons quelques repères biographiques.

 

De santé fragile (tuberculose), l'écrivain, d'origine roubaisienne, est décédé au Touquet en janvier 1951, alors qu'il n'avait pas 44 ans. Mais quelle grande fécondité littéraire entre 1932 (année de la publication de son premier roman « La Maison dans la dune », adapté plusieurs fois au cinéma) et l'année de sa mort ! Plus d'une quinzaine d'œuvres (romans, biographies...) qui lui ont permis de vivre rapidement de sa plume, sans compter plusieurs dizaines de nouvelles, poèmes et articles publiés dans divers journaux et revues (entre autres « Lille universitaire » -pendant qu'il était étudiant en droit-, « l'Automobile-Club du Nord de la France »...).

 

En 1935, année de publication de « Maria, fille de Flandre », l'écrivain est sur le point d'atteindre le sommet de son art. Il a publié également en début d'année « Invasion 14 », large panorama romanesque avec plus de 120 personnages ( !) ayant pour toile de fond la région lilloise occupée par les troupes allemandes de 1914 à 1918.

 

L'année suivante, il obtiendra le prix Goncourt avec « l'Empreinte du Dieu » devant ... Louis Aragon –excusez du peu- qui recevra le prix Renaudot pour « Les Beaux Quartiers ».

 

Revenons à « Maria, fille de Flandre ». En fait, l'écriture de ce roman mûrissait lentement depuis juillet 1923, mois où il effectua avec sa marraine Pauline Hilst un voyage de quelques jours à Bruges, cette portion de la Flandre belge épargnée par les combats de 1914-1918. Il y fut fort impressionné et y revint autant de fois qu'il le put. Neuf ans plus tard, en août 1932, l'écrivain se rendit à Blankenberghe, sur la côte belge, pour les vacances. La présence de Thérèze Denis, sa compagne depuis 1927 (ils ne se marieront qu'en 1934), de leur petite Sarah (3 ans) et de Benjamin Van der Meersch (père de Maxence) lui avait permis de leur faire partager son amour de la Flandre et du sud des Pays-Bas, d'excursionner à volonté de Middelburg à Dunkerque en repassant par Bruges. Selon l'expression de Madame Térèse Bonte : « le soir de ces excursions-là, « Marie, fille de Flandre palpitait sous la plume de l'écrivain... ».Dans toutes les éditions et rééditions de son roman, est imprimée la dédicace reconnaissante à sa marraine qui lui avait fait découvrir Bruges.

 

Au début du roman, nous sommes à Arras, entre les deux guerres, Germain Demunster est le patron d'une entreprise en bâtiment devenue florissante. Mais de mauvaises affaires conclues avec un escroc parisien l'accule à la faillite. En ces années-là, faillite était synonyme de déshonneur. Mal marié à Jeanne, une femme au cœur sec et cupide qui ne lui est d'aucun secours, il décide de fuir la ville pour ne pas affronter ses créanciers et passe la frontière afin de se réfugier à Bruges chez sa mère dans l'attente de jours meilleurs. Pour ne pas être à sa charge, il y trouve un modeste emploi de grutier. La monotonie des jours est rompue par les retrouvailles avec sa cousine Maria. En sa présence, il retrouve les émois de son adolescence et mesure la douleur réciproque du temps passé. Nostalgie vaine car celle-ci s'est mariée avec Jef, le carillonneur de la ville et elle est mère d'un petit Jooris. Elle ne cherche pas à s'écarter de ce qu'elle considère comme le droit chemin. La rencontre avec le peintre bruxellois Van Oost lui apporte aussi un réconfort moral et lui permet d'oublier provisoirement ses soucis.

 

Cependant, Germain reste lucide. Il sait au fond de lui-même que cet exil ne peut être que provisoire. En effet, ses enfants, à qui on a caché la vérité sur la situation de leur père, sont restés à Arras auprès de leur mère qui, pour vivre, tient un café plutôt mal fréquenté. Afin d'affronter son destin, il sera forcément amené à faire un choix...

 

L'ensemble des romans de Maxence Van der Meersch est bien sûr disponible en Médiathèque et en Bibliothèque annexe du Poirier. Les renseignements pourront être donnés sur place.

 

Pour cette chronique, nous sommes redevables à la biographie sur Maxence Van der Meersch, écrite par Mme Térèse Bonte, nièce de l'écrivain, publiée en 2002 chez Artois Presses Université (préface de Christian Morzewski, professeur de Littérature française à l'université d'Artois). Le patronage de l'Université d'Artois n'empêche pas cette biographie d'être d'une lecture très abordable et très agréable. Elle a le mérite de rendre familier l'univers de l'écrivain et de dépoussiérer (si besoin était ?) son œuvre.

 

Egalement, en Médiathèque est disponible le numéro 1 (épuisé) de la revue « Nord' » de juin 1983 consacré à M. Van der Meersch avec des contributions diverses (Paul Renard, Bernard Alluin, Michel Spanneut, Pierre Dhainaut et d'autres). Cette revue existe toujours et est publiée par la Société de Littérature du Nord.

 

Enfin, deux sites internet sont consacrés entièrement à l'écrivain :

- Site officiel des Amis de Maxence Van der Meersch.

- Association Maxence et Sarah Van der Meersch.

Les liens vers les deux sites existent à partir de la notice Van der Meersch sur Wikipedia.