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Ceux d'Hurtebise par André PIERRARD (Editions Plon, 1974)

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ceux d hurtebisePar rapport à la rubrique du mois précédent, nous tenons à préciser que nous sommes redevables au livre de Jacques ESTAGER : « Ami, entends-tu... » (Messidor, 1986) concernant les quelques renseignements biographiques sur André PIERRARD. Ce livre est, bien entendu, disponible sur les rayons du « fonds régional » de la Médiathèque.

 

« Ceux d'Hurtebise », tout comme « le don de Charleroi », a été écrit dans un contexte social troublé, celui d'après mai 1968. il évoque, en toile de fond, une société sclérosée et répressive, une France « pompidolienne » que l'auteur visiblement exècre et nous le fait volontiers savoir au détour de telle phrase ou de tel paragraphe.

 

La trame de l'histoire en est assez simple. Nous sommes en février 1972. Hurtebise est un lieu-dit qu'on pourrait situer à la frontière belge entre Jeumont et Trélon. Une grande ferme dans les fagnes regroupant une famille très unie, les Berlemont. Le jeune Fulbert, employé dans une aciérie de Jeumont, va bientôt se marier avec Flavienne Davesnes, 19 ans. Un amour d'enfance qui a franchi le cap de l'adolescence pour arriver à l'âge adulte : un beau gage de fidélité. Alors qu'il vient d'être libéré des obligations militaires, Fulbert s'apprête donc à fonder un foyer.

 

Ce dimanche 20 février 1972, il va manquer du pain pour le repas du soir. Fulbert propose de se rendre à la boulangerie de Saint-Roch (Cousolre ? Solre-le-Château ?). Dès qu'il sort de la boulangerie, il rencontre un camarade de régiment. Les retrouvailles sont chaleureuses. Deux tournées de pastis plus loin, Fulbert se prépare à repartir (à l'époque, il y avait très peu de contrôles routiers d'alcoolémie !). Avant de démarrer, pris d'un besoin naturel pressant, il se rend à l'urinoir de la place. Puis, le destin bascule stupidement. On ne vous racontera pas, ici, les circonstances qui font qu'il se retrouve, malgré lui, en très fâcheuse posture. Le scandale éclate ; la gendarmerie et le maire interviennent « manu militari ». Incarcéré, Fulbert sent que le ciel lui est tombé sur la tête. Jugé puis condamné à cinq mois de prison ferme, il se retrouve à la prison de L. (Loos-lez-Lille ?).

 

Ecrasé par le sort qui l'accable, il y fait la rencontre de Roméo Pacôme Mathon, un gardien de prison au nom prédestiné (maton = gardien, en argot). Dans un grand état de détresse psychologique, il confie son désarroi à ce gardien qui semble si attentif, si humain. Mal lui en a pris, ce Mathon est en fait un judas et un manipulateur qui, sous prétexte de rendre service en apportant directement et sans contrôle de l'administration pénitentiaire des courriers à la famille, cherche en fait à se rapprocher de Flavienne, à la « circonvenir » et à lui faire oublier progressivement son fiancé. André Pierrard en profite pour tracer un triste portrait de l'univers carcéral français de l'époque et de Mathon en particulier. Tortionnaire durant la guerre d'Algérie, séparé de sa femme depuis 1965, sa vie personnelle avait sombré dans un quasi-néant. Bref, il était devenu un être aigri.

 

Alors que Fulbert se retrouve transféré dans une autre prison, Mathon réussit également à s'y faire muter. Entretemps, les visites du gardien à Hurtebise deviennent plus fréquentes. Il y réussit à gagner la confiance de la famille. Et puis, il peut voir Flavienne qu'il cherchera à rencontrer plus longuement à l'écart de la ferme pour la séduire.

 

Mais, les mois passent vite... Le temps joue contre les sombres desseins du « maton ». Un jour très prochain, Fulbert sera libéré.

Nous n'en dirons pas plus afin de vous inciter à vous plonger dans la lecture de ce roman d'où on ne ressort pas indemne. Le dénouement sera, on le craint, assez tragique et même sanglant. Toutefois, l'infamie n'aura pas le dernier mot...

 

Ce roman est écrit dans une veine très naturaliste. Les lecteurs de Zola, voire de Maxence Van der Meersch, n'y seront pas dépaysés. Roman social aussi, par sa dénonciation du monde carcéral avec ces pages sur cette mutinerie dans laquelle Fulbert sera entraîné, le recours systématique au « mitard », etc...

 

Tout comme « Le don de Charleroi », ce roman est écrit sans fioritures et les passions humaines apparaissent sans fards dans un monde rude (analogues à celles que l'on retrouve dans les romans policiers de la « Série noire »). Parce qu'André Pierrard, comme il est écrit sur le texte de présentation du livre, « s'en prend, férocement, à la sottise des hommes et à l'illusion de la justice ».

 

Malheureusement, la quasi-totalité des œuvres romanesques d'André Pierrard sont épuisées et quasi-introuvables en librairie. Seules, les libraires d'occasion ou les bibliothèques-médiathèques pourront vous en proposer. Pour la Médiathèque Municipale et son annexe du hameau du Poirier, les renseignements pourront vous être fournis sur place.