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Le don de Charleroi d'André PIERRARD (éditions René Julliard, 1972)

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le don de charleroiAndré Pierrard, originaire de Cousolre où il est né en 1916, nous a quittés, il y a plus de dix ans, le 26 juin 1997 après une longue maladie. Grande figure de la Résistance régionale (membre du Comité de Libération du Pas-de-Calais, animateur de la revue clandestine « La Pensée française »...), André Pierrard était resté fidèle aux engagements de sa jeunesse. Elève à l'Ecole Normale de Douai en 1932, il participa dès 1934 au mouvement antifasciste Amsterdam-Pleyel. L'année suivante, à la sortie de l'Ecole Normale, il adhéra aux Jeunesses Communistes. Peu avant la Seconde Guerre Mondiale, ayant préalablement adhéré au P.C.F., il fut secrétaire de cellule à Jeumont. En janvier 1941, il fut révoqué de son poste d'enseignant par le régime de Vichy. Dès 1942, il entra dans la clandestinité, sous le pseudonyme de Vincent, dans le Valenciennois. L'année suivante, il prit la direction politique du Parti Communiste du Pas-de-Calais, sous le pseudonyme de Pierre, et siégea à ce titre au Comité de Libération de ce département.

 

Nommé à la Libération rédacteur en chef du quotidien « Liberté », il se lança dans la politique active en se faisant élire député communiste de Dunkerque de 1946 à 1958, tout au long de la 4ème République. Mais, des divergences de vues d'avec son parti l'amena à prendre progressivement ses distances. Ayant abandonné ses différentes fonctions, il commença une carrière littéraire d'abord axée sur ses souvenirs de Résistance avec des romans tels que « Le jeune homme à la rose » (Presses de la Cité, 1969), « On l'appelait Tamerlan » (Julliard, 1970). Il obtint, en 1971, le Prix Populiste pour « La fugue flamande » (tout comme André Stil en 1967, Philippe Lacoche en 2000 ou Dominique Sampiero en 2003). A la fin de sa vie, A. Pierrard s'intéressa de près au patrimoine de son Avesnois natal et publia différents ouvrages consacrés à la mémoire collective populaire comme « Promenade dans la mémoire de l'Avesnois » en 3 volumes, écrits en collaboration avec Bernard Maïeu et André Hanot (éditions Westhoek, 1984-1986) et disponibles en Médiathèque. A signaler également « La fusillade de Fourmies : 1er mai 1891 » écrit en collaboration avec Jean-Louis Chappat et publié à l'occasion du centenaire de ce sanglant événement (chez Miroirs Editions), disponible aussi en Médiathèque.

 

Les événements de mai 1968 ont beaucoup impressionné A. Pierrard et l'ont interpellé. La période « pompidolienne » qui les ont suivi ont inspiré à l'écrivain deux romans : « Le don de Charleroi » (Julliard, 1972) et « Ceux d'Hurtebise » (Plon, 1974). En toile de fond de ces romans, apparaît aussi la société d'après-1968 pour le moins sclérosée, répressive, voire revancharde (pas de droit à l'avortement, majorité et droit de vote à 21 ans, peine de mort encore en vigueur...)et que l'auteur visiblement exècre.

 

Le premier de ces deux romans est « redécouvert » en ce mois de mars 2009. On proposera le second le mois suivant.

 

Durant l'été 1971, Roger Muriel, jeune docteur en médecine, traîne son ennui à Paris. Ses recherches sur les jumeaux monozygotes le passionnent modérément. Ancien « enragé » de mai 1968, où il a été incarcéré quelque temps, il est devenu désabusé et ironique. A la sortie d'un cinéma, il rencontre par hasard la sœur d'un ami de jeunesse. Cette dernière lui communique l'adresse de son frère qui, paraît-il, serait impatient de le revoir. Sans projet précis pour ces vacances, il accepte volontiers de le recontacter.

Roger Muriel ne sait pas encore que non seulement il va retrouver une part de son histoire personnelle et de ses origines, mais aussi que ce sera pour lui comme une sorte de voyage initiatique...

 

Son ami François Lespagnol vit près de Maubeuge, à la frontière belge. André Pierrard n'indique pas précisément les lieux et donne des noms imaginaires ; mais on devine sans peine la région de Cousolre (de Bousignies-sur-Roc à Hestrud avec une extension de Beaumont à Chimay, en Belgique).

 

Premier rendez-vous avec le destin : le couple Walbert : Daniel et Gilberte. Un retour aux origines et à sa naissance : les années sombres de l'occupation allemande. Le père de Roger, un fameux résistant nommé Tamerlan que le fils n'a jamais connu autrement que par des récits idéalisés. C'est à l'invite de François Lespagnol que Roger Muriel se rend avec quelque appréhension chez cet ancien compagnon de lutte de son père. Retrouvailles un peu gênées au début puis discussions à bâtons rompues sur la Résistance et mai 1968 où le ton monte rapidement entre Daniel et Roger, le vétéran communiste contre le jeune gauchiste. C'est l'incompréhension et la brouille, d'autant plus que Daniel Walbert a relativisé les prouesses de Tamerlan...

 

Au retour, furieux, Roger va se désaltérer à un café de la place de Saint-Roch (Cousolre ?). Là, il remarque qu'un individu à lunettes noires l'observe attentivement. Il pense d'abord à un policier venu de Paris. François Lespagnol, l'ayant rejoint, lui apprend qu'il s'agit de Léopold Delalande, un riche industriel de Charleroi, qui possède une superbe propriété dans les environs. Marié depuis 1965 à Isabelle Delachevalerie, originaire de Solre-le-Château, il est le père -pour l'état-civil- du petit Albert-Eric, « l'enfant du miracle » né en février 1969. Enfin un héritier pour l'entreprise ! Frappé de stérilité, Léopold Delalande ne pouvait pas donner la vie. Son épouse dut recourir à l'insémination artificielle. Le 7 mai 1968, elle se rendit dans une clinique discrète du quartier chic de Passy (16ème arrondissement de Paris).

 

Dans une autre salle de la même clinique, Roger Muriel était présent...

 

La présence de Léopold Delalande au café « Le Jockey » annonce le deuxième rendez-vous de Roger Muriel avec son destin.

Nous n'en dirons pas plus afin de ménager le suspense !

 

Au point de vue du style, ce roman, taillé à la serpe, est écrit de manière directe et sans fioritures. Les passions humaines qui apparaissent sans fards et le choc des tempéraments ne laisseront pas insensibles les lecteurs.