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Sophie, la mer et la nuit de Jacques Sternberg - (éditions Albin Michel, 1976)

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sophie la mer et la nuitVéritable touche-à-tout littéraire, Jacques Sternberg (1923-2006) connut sa période faste des années 1960 au début des années 1980. Il est entré depuis dans une sorte de purgatoire malgré les multiples rééditions de son œuvre. Evoquer la multiplicité des talents de J. Sternberg peut donner le tournis : nouvelliste de science-fiction (environ 1500 contes...), auteur dramatique (une pièce jouée par la Comédie-Française), scénariste pour le cinéma (avec Alain Resnais), romancier (13 romans), animateur de revues, créateur artistique (exposition de collages photographiques à Paris en 1954), journaliste et l'on en passe...

 

Le maître-mot de toute son œuvre : l'absurde avec deux corollaires un peu moins sombres : la passion de l'étrange et le goût de l'auto-dérision. Un état d'esprit sans doute lié au traumatisme de la Seconde Guerre Mondiale où le futur écrivain, 20 ans à peine, fut enfermé dans un camp de concentration, avec un état d'angoisse poussé au paroxysme. Il sortit de cette épreuve avec une faible confiance en la nature humaine.

 

Son œuvre multiforme a fait de lui une « pointure » de la littérature francophone. Francophone, écrivons-nous, car J. Sternberg est né le 17 avril 1923 à Anvers (Belgique) dans une famille de riches diamantaires, d'origine polonaise. Une enfance heureuse dans une famille aisée et ouverte à la culture. Hélas, en 1940, le nazisme déferle sur l'Europe de l'Ouest. La famille fuit précipitamment vers le sud de la France et trouve refuge à Cannes, en zone libre. Une tranquillité relative ; mais le jeune homme découvre à la fois l'amour et la littérature américaine (à la bibliothèque municipale de la ville où la censure ne faisait apparemment pas trop de ravages). Ces deux événements furent à l'origine de sa vocation d'écrivain. Puis, en 1942, la fuite de la famille-de confession juive- vers l'Espagne (antisémitisme grandissant du régime de Vichy, invasion de la zone sud par les troupes nazies), leur capture, leur renvoi en France dans un camp de concentration, la déportation du père à Maïdanek d'où il ne revint pas vivant. Mais, J. Sternberg a de la ressource morale : il s'évada de son camp après huit mois d'internement et rejoignit la Résistance. De cet épisode dramatique de sa vie il en fit un récit intitulé « la Boîte à guenilles » publié à Bruxelles en 1945 (sous le pseudonyme de Jacques Bert, aux éditions du Sablon) et réédité par les éditions de la Table Ronde en 2008.

 

Il n'est pas possible, dans le cadre de cette petite rubrique, de survoler 60 ans de son itinéraire d'écrivain (même de très haut) ! On pourra reporter le lecteur intéressé à l'exemplaire de « la Boîte à guenilles », acquis par la Médiathèque, qui comporte une partie biographique déjà bien détaillée sans oublier la chaleureuse préface d'Eric Vibart. A signaler aussi un résumé intéressant sur Internet (Wikipédia) avec un renvoi sur un site consacré à J. Sternberg et à son œuvre.

 

« Sophie, la mer et la nuit », publié en 1976 chez Albin Michel, fut le plus grand succès commercial de l'auteur et bien oublié depuis. Eric Habner est journaliste. Il traîne son ennui dans une existence sans surprises entre liaisons passagères et activité professionnelle dont il a le sentiment d'en avoir « fait le tour ». Il rêve toujours de devenir un écrivain accompli, mais il en doute après avoir publié deux romans qui n'ont eu qu'un succès d'estime. Insatisfait, il déchire ses manuscrits les uns après les autres. Pourtant, le succès de la rubrique dont il s'occupe dans le magazine avait permis à celui-ci de doubler son tirage.

 

La direction, reconnaissante, lui tripla son salaire. Mais, cette aisance matérielle ne le comble pas.

 

« L'Inconnue du mois », tel est le titre de cette rubrique. Un portrait en quinze pages, chaque mois, de femmes de milieux sociaux différents. Un moyen aussi, pour ces personnes qui le désirent, d'accepter de sortir de l'anonymat et de rêver à une autre existence...

C'est alors qu'il est à la recherche d'une nouvelle « Inconnue du mois » que Sophie Amstel fait irruption dans son existence. Eric Habner avait été plus qu'intrigué par cette jeune femme aperçue dans un bar d'une grande ville de Belgique (Anvers ?) sans oser l'aborder. Peu de temps après, il la retrouve avec stupeur dans un bar parisien. C'est le coup de foudre. A ses interrogations, elle répond d'une manière mystérieuse et de façon suffisamment explicite et ambiguë pour qu'il cherche à la connaître davantage. C'est le début d'une liaison passionnée dont l'issue paraîtra inattendue, étrange, voire même déconcertante au lecteur.

 

Le style de ce roman est très abordable, très simple dans l'apparence d'un récit intime d'un homme à l'âge de la maturité, désabusé, sentant que le temps commence à lui être compté et que cette aventure sentimentale hors du commun sera peut-être la dernière. Néanmoins, la passion –sincère- n'efface pas la lucidité et un certain désarroi face aux multiples questionnements sans réponses.

A quand une adaptation de ce roman à la télévision ou au cinéma ?

 

La Médiathèque de Trith-Saint-Léger propose aux lecteurs d'autres œuvres de J. Sternberg. Parmi celles-ci, signalons :

- « ROLAND TOPOR » (éditions Seghers, 1978). Le portrait d'un grand maître de l'humour absurde, artiste, écrivain, grand ami de Jacques Sternberg, disparu trop tôt (en 1997).

- « UNIVERS ZERO ET AUTRES NOUVELLES » (éditions Marabout, 1970). Recueil de 23 nouvelles sur le thème du cauchemar et de la dérision.

- « SI LOIN DE NULLE PART » (éditions les Belles Lettres, 1998). Recueil de 153 histoires très brèves placées sous le signe de l'humour noir et de l'absurde.