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Le bois Castiau Luc BERIMONT - (éditions Robert LAFFONT, 1963)

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les bois castiauLuc Bérimont, de son vrai nom André Leclercq, fut avant tout connu comme poète et producteur d'émissions radiophoniques et télévisées dont les plus anciens d'entre nous se souviennent peut-être (« La parole est à la nuit », « la fine fleur »...). Bien que né en 1915 dans les Charentes à Magnac-sur-Touvre (suite à l'évacuation de sa famille devant l'avance des troupes allemandes), Luc Bérimont est resté très attaché à ses racines nordistes. De retour au « Bois Castiau » (près de Maubeuge, à Ferrière-la-Grande) fin 1918, il mènera ensuite une existence rude de petit campagnard qui le marquera sa vie durant.

 

Mobilisé en 1939, il fait ses vrais débuts d'écrivain pendant ses loisirs aux armées. Une petite vingtaine de recueils poétiques suivront, ainsi que sept romans dont « Le Bois Castiau » édité en 1963 chez Robert Laffont et couronné par un prix littéraire l'année suivante (Prix Cazes). L'exemplaire de cet ouvrage possédé par la Médiathèque est une réédition de chez Stock (en 1980) dans la collection « Littérature régionale ».

 

Nous ne connaissons pas son œuvre poétique. Si l'on en croit un critique littéraire (J.P. Damour), « on peut cependant remarquer une prédilection personnelle pour certains motifs comme l'oiseau, la femme ou la mer. En eux, l'homme, dans un monde sans dieu ni au-delà, perçoit les signes d'une jouissance périssable, mais féconde et universelle ». Nous disposons d'un recueil poétique de Luc Bérimont en Médiathèque : « Un feu vivant », publié initialement chez Flammarion en 1968.

 

Roman autobiographique, « Le Bois Castiau » l'est assurément. En plus, les souvenirs évoqués sont joliment magnifiés et sortent de la platitude quotidienne, car comme dit l'auteur dans sa préface de la réédition de chez Stock : « Je crois avoir préservé une sorte d'innocence du fond de l'œil ». Une vie difficile et précaire dans un Avesnois où la notion de confort domestique reste encore très relative dans les années 1920-1930. Mais cela est contrebalancé par un univers familial fort chaleureux entre d'une part une grand-mère (Man Toinette) et une mère croyantes toutes les deux au Ciel et d'autre part un père qui n'y croit plus guère ; ce qui amène des discussions animées au foyer familial dont l'unité n'en souffre pas. De cette double éducation, Luc Bérimont a su en tirer toute la richesse, ne fut-ce qu'au travers de la saveur des souvenirs évoqués. Quelle mémoire ! De cette enfance et pré-adolescence dont le cours fut émaillé de mille événements plus petits que grands, on se demande si une vocation d'écrivain ne se dessine pas dès la prime jeunesse tant l'exactitude des circonstances, la sincérité et la fraîcheur de la narration –au demeurant fort classique- témoignent d'une vie intérieure déjà fort riche et d'un besoin pressant d'idéaliser et de transcender une réalité trop quotidienne. L'arrivée du cinéma au village, la partie de jeu de balle, les ducasses, la mort du chien jaune, les premiers émois sentimentaux (fort risqués...) à l'ombre des remparts de Maubeuge en sont quelques-unes des illustrations. Le voisinage immédiat, composé de gens pittoresques et à forte personnalité, impressionne également le jeune enfant. Par maints détails, on assiste aussi à l'évolution lente des modes de vie entre les deux guerres mondiales.

 

Au risque de se répéter, on reste quand même confondu par la richesse des anecdotes relatées. C'est à se demander si l'enfant ne tenait pas un journal intime dont les carnets ont été jalousement gardés. Ce livre se situe, sans nul doute, dans la lignée de « La Maison de Claudine » de Colette ou de « La Gloire de mon père » de Marcel Pagnol, avec une moindre notoriété cependant, la Bourgogne et la Provence étant des régions plus touristiques...

 

Luc Bérimont nous a quittés le 28 décembre 1983 à la suite d'une cruelle maladie. Les lecteurs souhaitant en savoir plus sur l'écrivain et son œuvre pourront consulter avec profit l' »Hommage à Luc Bérimont » publié par le Centre Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes en mars 1984 et disponible en Médiathèque. Robert Sabatier (le célèbre auteur des « Allumettes suédoises ») lui a consacré plusieurs pages dans sa monumentale « Histoire de la poésie française » (éditions Albin Michel), disponible également en Médiathèque.

A titre d'information, signalons pour les randonneurs pédestres et cyclotouristes que « Bérimont » est un lieu-dit (une petite colline), à la sortie de Ferrière-la-Grande sur la route de Solre-le-Château.