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A découvrir - Adultes

Sophie, la mer et la nuit de Jacques Sternberg - (éditions Albin Michel, 1976)

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sophie la mer et la nuitVéritable touche-à-tout littéraire, Jacques Sternberg (1923-2006) connut sa période faste des années 1960 au début des années 1980. Il est entré depuis dans une sorte de purgatoire malgré les multiples rééditions de son œuvre. Evoquer la multiplicité des talents de J. Sternberg peut donner le tournis : nouvelliste de science-fiction (environ 1500 contes...), auteur dramatique (une pièce jouée par la Comédie-Française), scénariste pour le cinéma (avec Alain Resnais), romancier (13 romans), animateur de revues, créateur artistique (exposition de collages photographiques à Paris en 1954), journaliste et l'on en passe...

 

Le maître-mot de toute son œuvre : l'absurde avec deux corollaires un peu moins sombres : la passion de l'étrange et le goût de l'auto-dérision. Un état d'esprit sans doute lié au traumatisme de la Seconde Guerre Mondiale où le futur écrivain, 20 ans à peine, fut enfermé dans un camp de concentration, avec un état d'angoisse poussé au paroxysme. Il sortit de cette épreuve avec une faible confiance en la nature humaine.

 

Son œuvre multiforme a fait de lui une « pointure » de la littérature francophone. Francophone, écrivons-nous, car J. Sternberg est né le 17 avril 1923 à Anvers (Belgique) dans une famille de riches diamantaires, d'origine polonaise. Une enfance heureuse dans une famille aisée et ouverte à la culture. Hélas, en 1940, le nazisme déferle sur l'Europe de l'Ouest. La famille fuit précipitamment vers le sud de la France et trouve refuge à Cannes, en zone libre. Une tranquillité relative ; mais le jeune homme découvre à la fois l'amour et la littérature américaine (à la bibliothèque municipale de la ville où la censure ne faisait apparemment pas trop de ravages). Ces deux événements furent à l'origine de sa vocation d'écrivain. Puis, en 1942, la fuite de la famille-de confession juive- vers l'Espagne (antisémitisme grandissant du régime de Vichy, invasion de la zone sud par les troupes nazies), leur capture, leur renvoi en France dans un camp de concentration, la déportation du père à Maïdanek d'où il ne revint pas vivant. Mais, J. Sternberg a de la ressource morale : il s'évada de son camp après huit mois d'internement et rejoignit la Résistance. De cet épisode dramatique de sa vie il en fit un récit intitulé « la Boîte à guenilles » publié à Bruxelles en 1945 (sous le pseudonyme de Jacques Bert, aux éditions du Sablon) et réédité par les éditions de la Table Ronde en 2008.

 

Il n'est pas possible, dans le cadre de cette petite rubrique, de survoler 60 ans de son itinéraire d'écrivain (même de très haut) ! On pourra reporter le lecteur intéressé à l'exemplaire de « la Boîte à guenilles », acquis par la Médiathèque, qui comporte une partie biographique déjà bien détaillée sans oublier la chaleureuse préface d'Eric Vibart. A signaler aussi un résumé intéressant sur Internet (Wikipédia) avec un renvoi sur un site consacré à J. Sternberg et à son œuvre.

 

« Sophie, la mer et la nuit », publié en 1976 chez Albin Michel, fut le plus grand succès commercial de l'auteur et bien oublié depuis. Eric Habner est journaliste. Il traîne son ennui dans une existence sans surprises entre liaisons passagères et activité professionnelle dont il a le sentiment d'en avoir « fait le tour ». Il rêve toujours de devenir un écrivain accompli, mais il en doute après avoir publié deux romans qui n'ont eu qu'un succès d'estime. Insatisfait, il déchire ses manuscrits les uns après les autres. Pourtant, le succès de la rubrique dont il s'occupe dans le magazine avait permis à celui-ci de doubler son tirage.

 

La direction, reconnaissante, lui tripla son salaire. Mais, cette aisance matérielle ne le comble pas.

 

« L'Inconnue du mois », tel est le titre de cette rubrique. Un portrait en quinze pages, chaque mois, de femmes de milieux sociaux différents. Un moyen aussi, pour ces personnes qui le désirent, d'accepter de sortir de l'anonymat et de rêver à une autre existence...

C'est alors qu'il est à la recherche d'une nouvelle « Inconnue du mois » que Sophie Amstel fait irruption dans son existence. Eric Habner avait été plus qu'intrigué par cette jeune femme aperçue dans un bar d'une grande ville de Belgique (Anvers ?) sans oser l'aborder. Peu de temps après, il la retrouve avec stupeur dans un bar parisien. C'est le coup de foudre. A ses interrogations, elle répond d'une manière mystérieuse et de façon suffisamment explicite et ambiguë pour qu'il cherche à la connaître davantage. C'est le début d'une liaison passionnée dont l'issue paraîtra inattendue, étrange, voire même déconcertante au lecteur.

 

Le style de ce roman est très abordable, très simple dans l'apparence d'un récit intime d'un homme à l'âge de la maturité, désabusé, sentant que le temps commence à lui être compté et que cette aventure sentimentale hors du commun sera peut-être la dernière. Néanmoins, la passion –sincère- n'efface pas la lucidité et un certain désarroi face aux multiples questionnements sans réponses.

A quand une adaptation de ce roman à la télévision ou au cinéma ?

 

La Médiathèque de Trith-Saint-Léger propose aux lecteurs d'autres œuvres de J. Sternberg. Parmi celles-ci, signalons :

- « ROLAND TOPOR » (éditions Seghers, 1978). Le portrait d'un grand maître de l'humour absurde, artiste, écrivain, grand ami de Jacques Sternberg, disparu trop tôt (en 1997).

- « UNIVERS ZERO ET AUTRES NOUVELLES » (éditions Marabout, 1970). Recueil de 23 nouvelles sur le thème du cauchemar et de la dérision.

- « SI LOIN DE NULLE PART » (éditions les Belles Lettres, 1998). Recueil de 153 histoires très brèves placées sous le signe de l'humour noir et de l'absurde.

Le don de Charleroi d'André PIERRARD (éditions René Julliard, 1972)

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le don de charleroiAndré Pierrard, originaire de Cousolre où il est né en 1916, nous a quittés, il y a plus de dix ans, le 26 juin 1997 après une longue maladie. Grande figure de la Résistance régionale (membre du Comité de Libération du Pas-de-Calais, animateur de la revue clandestine « La Pensée française »...), André Pierrard était resté fidèle aux engagements de sa jeunesse. Elève à l'Ecole Normale de Douai en 1932, il participa dès 1934 au mouvement antifasciste Amsterdam-Pleyel. L'année suivante, à la sortie de l'Ecole Normale, il adhéra aux Jeunesses Communistes. Peu avant la Seconde Guerre Mondiale, ayant préalablement adhéré au P.C.F., il fut secrétaire de cellule à Jeumont. En janvier 1941, il fut révoqué de son poste d'enseignant par le régime de Vichy. Dès 1942, il entra dans la clandestinité, sous le pseudonyme de Vincent, dans le Valenciennois. L'année suivante, il prit la direction politique du Parti Communiste du Pas-de-Calais, sous le pseudonyme de Pierre, et siégea à ce titre au Comité de Libération de ce département.

 

Nommé à la Libération rédacteur en chef du quotidien « Liberté », il se lança dans la politique active en se faisant élire député communiste de Dunkerque de 1946 à 1958, tout au long de la 4ème République. Mais, des divergences de vues d'avec son parti l'amena à prendre progressivement ses distances. Ayant abandonné ses différentes fonctions, il commença une carrière littéraire d'abord axée sur ses souvenirs de Résistance avec des romans tels que « Le jeune homme à la rose » (Presses de la Cité, 1969), « On l'appelait Tamerlan » (Julliard, 1970). Il obtint, en 1971, le Prix Populiste pour « La fugue flamande » (tout comme André Stil en 1967, Philippe Lacoche en 2000 ou Dominique Sampiero en 2003). A la fin de sa vie, A. Pierrard s'intéressa de près au patrimoine de son Avesnois natal et publia différents ouvrages consacrés à la mémoire collective populaire comme « Promenade dans la mémoire de l'Avesnois » en 3 volumes, écrits en collaboration avec Bernard Maïeu et André Hanot (éditions Westhoek, 1984-1986) et disponibles en Médiathèque. A signaler également « La fusillade de Fourmies : 1er mai 1891 » écrit en collaboration avec Jean-Louis Chappat et publié à l'occasion du centenaire de ce sanglant événement (chez Miroirs Editions), disponible aussi en Médiathèque.

 

Les événements de mai 1968 ont beaucoup impressionné A. Pierrard et l'ont interpellé. La période « pompidolienne » qui les ont suivi ont inspiré à l'écrivain deux romans : « Le don de Charleroi » (Julliard, 1972) et « Ceux d'Hurtebise » (Plon, 1974). En toile de fond de ces romans, apparaît aussi la société d'après-1968 pour le moins sclérosée, répressive, voire revancharde (pas de droit à l'avortement, majorité et droit de vote à 21 ans, peine de mort encore en vigueur...)et que l'auteur visiblement exècre.

 

Le premier de ces deux romans est « redécouvert » en ce mois de mars 2009. On proposera le second le mois suivant.

 

Durant l'été 1971, Roger Muriel, jeune docteur en médecine, traîne son ennui à Paris. Ses recherches sur les jumeaux monozygotes le passionnent modérément. Ancien « enragé » de mai 1968, où il a été incarcéré quelque temps, il est devenu désabusé et ironique. A la sortie d'un cinéma, il rencontre par hasard la sœur d'un ami de jeunesse. Cette dernière lui communique l'adresse de son frère qui, paraît-il, serait impatient de le revoir. Sans projet précis pour ces vacances, il accepte volontiers de le recontacter.

Roger Muriel ne sait pas encore que non seulement il va retrouver une part de son histoire personnelle et de ses origines, mais aussi que ce sera pour lui comme une sorte de voyage initiatique...

 

Son ami François Lespagnol vit près de Maubeuge, à la frontière belge. André Pierrard n'indique pas précisément les lieux et donne des noms imaginaires ; mais on devine sans peine la région de Cousolre (de Bousignies-sur-Roc à Hestrud avec une extension de Beaumont à Chimay, en Belgique).

 

Premier rendez-vous avec le destin : le couple Walbert : Daniel et Gilberte. Un retour aux origines et à sa naissance : les années sombres de l'occupation allemande. Le père de Roger, un fameux résistant nommé Tamerlan que le fils n'a jamais connu autrement que par des récits idéalisés. C'est à l'invite de François Lespagnol que Roger Muriel se rend avec quelque appréhension chez cet ancien compagnon de lutte de son père. Retrouvailles un peu gênées au début puis discussions à bâtons rompues sur la Résistance et mai 1968 où le ton monte rapidement entre Daniel et Roger, le vétéran communiste contre le jeune gauchiste. C'est l'incompréhension et la brouille, d'autant plus que Daniel Walbert a relativisé les prouesses de Tamerlan...

 

Au retour, furieux, Roger va se désaltérer à un café de la place de Saint-Roch (Cousolre ?). Là, il remarque qu'un individu à lunettes noires l'observe attentivement. Il pense d'abord à un policier venu de Paris. François Lespagnol, l'ayant rejoint, lui apprend qu'il s'agit de Léopold Delalande, un riche industriel de Charleroi, qui possède une superbe propriété dans les environs. Marié depuis 1965 à Isabelle Delachevalerie, originaire de Solre-le-Château, il est le père -pour l'état-civil- du petit Albert-Eric, « l'enfant du miracle » né en février 1969. Enfin un héritier pour l'entreprise ! Frappé de stérilité, Léopold Delalande ne pouvait pas donner la vie. Son épouse dut recourir à l'insémination artificielle. Le 7 mai 1968, elle se rendit dans une clinique discrète du quartier chic de Passy (16ème arrondissement de Paris).

 

Dans une autre salle de la même clinique, Roger Muriel était présent...

 

La présence de Léopold Delalande au café « Le Jockey » annonce le deuxième rendez-vous de Roger Muriel avec son destin.

Nous n'en dirons pas plus afin de ménager le suspense !

 

Au point de vue du style, ce roman, taillé à la serpe, est écrit de manière directe et sans fioritures. Les passions humaines qui apparaissent sans fards et le choc des tempéraments ne laisseront pas insensibles les lecteurs.

Ceux d'Hurtebise par André PIERRARD (Editions Plon, 1974)

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ceux d hurtebisePar rapport à la rubrique du mois précédent, nous tenons à préciser que nous sommes redevables au livre de Jacques ESTAGER : « Ami, entends-tu... » (Messidor, 1986) concernant les quelques renseignements biographiques sur André PIERRARD. Ce livre est, bien entendu, disponible sur les rayons du « fonds régional » de la Médiathèque.

 

« Ceux d'Hurtebise », tout comme « le don de Charleroi », a été écrit dans un contexte social troublé, celui d'après mai 1968. il évoque, en toile de fond, une société sclérosée et répressive, une France « pompidolienne » que l'auteur visiblement exècre et nous le fait volontiers savoir au détour de telle phrase ou de tel paragraphe.

 

La trame de l'histoire en est assez simple. Nous sommes en février 1972. Hurtebise est un lieu-dit qu'on pourrait situer à la frontière belge entre Jeumont et Trélon. Une grande ferme dans les fagnes regroupant une famille très unie, les Berlemont. Le jeune Fulbert, employé dans une aciérie de Jeumont, va bientôt se marier avec Flavienne Davesnes, 19 ans. Un amour d'enfance qui a franchi le cap de l'adolescence pour arriver à l'âge adulte : un beau gage de fidélité. Alors qu'il vient d'être libéré des obligations militaires, Fulbert s'apprête donc à fonder un foyer.

 

Ce dimanche 20 février 1972, il va manquer du pain pour le repas du soir. Fulbert propose de se rendre à la boulangerie de Saint-Roch (Cousolre ? Solre-le-Château ?). Dès qu'il sort de la boulangerie, il rencontre un camarade de régiment. Les retrouvailles sont chaleureuses. Deux tournées de pastis plus loin, Fulbert se prépare à repartir (à l'époque, il y avait très peu de contrôles routiers d'alcoolémie !). Avant de démarrer, pris d'un besoin naturel pressant, il se rend à l'urinoir de la place. Puis, le destin bascule stupidement. On ne vous racontera pas, ici, les circonstances qui font qu'il se retrouve, malgré lui, en très fâcheuse posture. Le scandale éclate ; la gendarmerie et le maire interviennent « manu militari ». Incarcéré, Fulbert sent que le ciel lui est tombé sur la tête. Jugé puis condamné à cinq mois de prison ferme, il se retrouve à la prison de L. (Loos-lez-Lille ?).

 

Ecrasé par le sort qui l'accable, il y fait la rencontre de Roméo Pacôme Mathon, un gardien de prison au nom prédestiné (maton = gardien, en argot). Dans un grand état de détresse psychologique, il confie son désarroi à ce gardien qui semble si attentif, si humain. Mal lui en a pris, ce Mathon est en fait un judas et un manipulateur qui, sous prétexte de rendre service en apportant directement et sans contrôle de l'administration pénitentiaire des courriers à la famille, cherche en fait à se rapprocher de Flavienne, à la « circonvenir » et à lui faire oublier progressivement son fiancé. André Pierrard en profite pour tracer un triste portrait de l'univers carcéral français de l'époque et de Mathon en particulier. Tortionnaire durant la guerre d'Algérie, séparé de sa femme depuis 1965, sa vie personnelle avait sombré dans un quasi-néant. Bref, il était devenu un être aigri.

 

Alors que Fulbert se retrouve transféré dans une autre prison, Mathon réussit également à s'y faire muter. Entretemps, les visites du gardien à Hurtebise deviennent plus fréquentes. Il y réussit à gagner la confiance de la famille. Et puis, il peut voir Flavienne qu'il cherchera à rencontrer plus longuement à l'écart de la ferme pour la séduire.

 

Mais, les mois passent vite... Le temps joue contre les sombres desseins du « maton ». Un jour très prochain, Fulbert sera libéré.

Nous n'en dirons pas plus afin de vous inciter à vous plonger dans la lecture de ce roman d'où on ne ressort pas indemne. Le dénouement sera, on le craint, assez tragique et même sanglant. Toutefois, l'infamie n'aura pas le dernier mot...

 

Ce roman est écrit dans une veine très naturaliste. Les lecteurs de Zola, voire de Maxence Van der Meersch, n'y seront pas dépaysés. Roman social aussi, par sa dénonciation du monde carcéral avec ces pages sur cette mutinerie dans laquelle Fulbert sera entraîné, le recours systématique au « mitard », etc...

 

Tout comme « Le don de Charleroi », ce roman est écrit sans fioritures et les passions humaines apparaissent sans fards dans un monde rude (analogues à celles que l'on retrouve dans les romans policiers de la « Série noire »). Parce qu'André Pierrard, comme il est écrit sur le texte de présentation du livre, « s'en prend, férocement, à la sottise des hommes et à l'illusion de la justice ».

 

Malheureusement, la quasi-totalité des œuvres romanesques d'André Pierrard sont épuisées et quasi-introuvables en librairie. Seules, les libraires d'occasion ou les bibliothèques-médiathèques pourront vous en proposer. Pour la Médiathèque Municipale et son annexe du hameau du Poirier, les renseignements pourront vous être fournis sur place.

 

Maria, fille de Flandre de Maxence Van der Meersch (éditions Albin Michel, 1935).

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maria fille de flandreC'est un écrivain tout à fait différent d'André Pierrard que nous vous proposons de « redécouvrir » à travers une de ses œuvres. Très certainement le plus grand écrivain de la première moitié du 20ème siècle, originaire de notre région : Maxence Van der Meersch.

 

N'évoquer seulement que le rayonnement de son œuvre sans parler de la personnalité de l'écrivain relève déjà de la gageure dans le cadre de cette rubrique. Depuis plus de 50 ans, de nombreux travaux universitaires en Europe occidentale s'y sont attachés pour un public restreint, certes, mais cela est révélateur de sa valeur littéraire qui attire toujours les chercheurs. Au niveau du grand public, l'œuvre a connu une période de « purgatoire » dans les années 1960-1970 pour de multiples raisons plus ou moins discutables (aspect supposé « daté » de son œuvre, grande influence du catholicisme social, celui d'avant Vatican II ...). Depuis les années 1980, particulièrement dans notre région, un autre regard est porté sur l'homme et son œuvre : un regard neuf et débarrassé des scories, plus attentif au fait que l'écrivain a réussi à rendre vivante et attachante une population du Nord dans ses différentes composantes sociales et, surtout, une dimension humaniste réelle sans le « prêchi-prêcha » qui peut amener le vieillissement accéléré d'une œuvre.

 

Avant de présenter le roman, précisons quelques repères biographiques.

 

De santé fragile (tuberculose), l'écrivain, d'origine roubaisienne, est décédé au Touquet en janvier 1951, alors qu'il n'avait pas 44 ans. Mais quelle grande fécondité littéraire entre 1932 (année de la publication de son premier roman « La Maison dans la dune », adapté plusieurs fois au cinéma) et l'année de sa mort ! Plus d'une quinzaine d'œuvres (romans, biographies...) qui lui ont permis de vivre rapidement de sa plume, sans compter plusieurs dizaines de nouvelles, poèmes et articles publiés dans divers journaux et revues (entre autres « Lille universitaire » -pendant qu'il était étudiant en droit-, « l'Automobile-Club du Nord de la France »...).

 

En 1935, année de publication de « Maria, fille de Flandre », l'écrivain est sur le point d'atteindre le sommet de son art. Il a publié également en début d'année « Invasion 14 », large panorama romanesque avec plus de 120 personnages ( !) ayant pour toile de fond la région lilloise occupée par les troupes allemandes de 1914 à 1918.

 

L'année suivante, il obtiendra le prix Goncourt avec « l'Empreinte du Dieu » devant ... Louis Aragon –excusez du peu- qui recevra le prix Renaudot pour « Les Beaux Quartiers ».

 

Revenons à « Maria, fille de Flandre ». En fait, l'écriture de ce roman mûrissait lentement depuis juillet 1923, mois où il effectua avec sa marraine Pauline Hilst un voyage de quelques jours à Bruges, cette portion de la Flandre belge épargnée par les combats de 1914-1918. Il y fut fort impressionné et y revint autant de fois qu'il le put. Neuf ans plus tard, en août 1932, l'écrivain se rendit à Blankenberghe, sur la côte belge, pour les vacances. La présence de Thérèze Denis, sa compagne depuis 1927 (ils ne se marieront qu'en 1934), de leur petite Sarah (3 ans) et de Benjamin Van der Meersch (père de Maxence) lui avait permis de leur faire partager son amour de la Flandre et du sud des Pays-Bas, d'excursionner à volonté de Middelburg à Dunkerque en repassant par Bruges. Selon l'expression de Madame Térèse Bonte : « le soir de ces excursions-là, « Marie, fille de Flandre palpitait sous la plume de l'écrivain... ».Dans toutes les éditions et rééditions de son roman, est imprimée la dédicace reconnaissante à sa marraine qui lui avait fait découvrir Bruges.

 

Au début du roman, nous sommes à Arras, entre les deux guerres, Germain Demunster est le patron d'une entreprise en bâtiment devenue florissante. Mais de mauvaises affaires conclues avec un escroc parisien l'accule à la faillite. En ces années-là, faillite était synonyme de déshonneur. Mal marié à Jeanne, une femme au cœur sec et cupide qui ne lui est d'aucun secours, il décide de fuir la ville pour ne pas affronter ses créanciers et passe la frontière afin de se réfugier à Bruges chez sa mère dans l'attente de jours meilleurs. Pour ne pas être à sa charge, il y trouve un modeste emploi de grutier. La monotonie des jours est rompue par les retrouvailles avec sa cousine Maria. En sa présence, il retrouve les émois de son adolescence et mesure la douleur réciproque du temps passé. Nostalgie vaine car celle-ci s'est mariée avec Jef, le carillonneur de la ville et elle est mère d'un petit Jooris. Elle ne cherche pas à s'écarter de ce qu'elle considère comme le droit chemin. La rencontre avec le peintre bruxellois Van Oost lui apporte aussi un réconfort moral et lui permet d'oublier provisoirement ses soucis.

 

Cependant, Germain reste lucide. Il sait au fond de lui-même que cet exil ne peut être que provisoire. En effet, ses enfants, à qui on a caché la vérité sur la situation de leur père, sont restés à Arras auprès de leur mère qui, pour vivre, tient un café plutôt mal fréquenté. Afin d'affronter son destin, il sera forcément amené à faire un choix...

 

L'ensemble des romans de Maxence Van der Meersch est bien sûr disponible en Médiathèque et en Bibliothèque annexe du Poirier. Les renseignements pourront être donnés sur place.

 

Pour cette chronique, nous sommes redevables à la biographie sur Maxence Van der Meersch, écrite par Mme Térèse Bonte, nièce de l'écrivain, publiée en 2002 chez Artois Presses Université (préface de Christian Morzewski, professeur de Littérature française à l'université d'Artois). Le patronage de l'Université d'Artois n'empêche pas cette biographie d'être d'une lecture très abordable et très agréable. Elle a le mérite de rendre familier l'univers de l'écrivain et de dépoussiérer (si besoin était ?) son œuvre.

 

Egalement, en Médiathèque est disponible le numéro 1 (épuisé) de la revue « Nord' » de juin 1983 consacré à M. Van der Meersch avec des contributions diverses (Paul Renard, Bernard Alluin, Michel Spanneut, Pierre Dhainaut et d'autres). Cette revue existe toujours et est publiée par la Société de Littérature du Nord.

 

Enfin, deux sites internet sont consacrés entièrement à l'écrivain :

- Site officiel des Amis de Maxence Van der Meersch.

- Association Maxence et Sarah Van der Meersch.

Les liens vers les deux sites existent à partir de la notice Van der Meersch sur Wikipedia.

Des petits bals sans importance de Philippe LACOCHE - (Editions Le Dilettante, 1997)

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des petits bals sans importanceIl arrivera dans cette chronique mensuelle que l'on ne remontera le temps que de quelques années pour donner un coup de projecteur sur un auteur contemporain. C'est le cas de Philippe LACOCHE qui sera « redécouvert » alors que son œuvre littéraire est en plein développement. « Des petits bals sans importance » a, par ailleurs, été réédité par le Castor Astral en 2007 et a reçu, la même année, le Prix des Lecteurs de la Baie de Somme.

 

Auteur picard né en 1956 à Chauny (Aisne), Philippe Lacoche est romancier et nouvelliste. Sur le plan professionnel, il est également journaliste au « Courrier picard » et critique au « Magazine littéraire ». Il réside actuellement dans la Somme, près de la côte picarde.

 

Il publie régulièrement ses œuvres, depuis plus de vingt ans, chez de petits éditeurs : Le Dilettante, La Bartavelle, Ledrappier ... Quelques titres ont été primés : « Cité Roosevelt » (1993), Prix du Livre de Littérature de Picardie : « Le phare des égarés » (1995), Prix de la Renaissance française ; « HLM » (2000), Prix du Roman populiste, ce dernier titre étant disponible en Médiathèque, tout comme « Tendre rock », édition des Mille et une nuits (2003). Pour les amateurs de musique et de variété contemporaines, signalons aussi qu'il est l'auteur d'une biographie sur CharlElie Couture (« Couture et le secret de la barbichette », Ed. Vague verte, 1994) et de « Les Ténors du rock », Ed. Jacques Grancher, 1984.

 

Au début des années 1970, un orchestre de jeunes, les « Hans Eder », animait les bals champêtres des villages de l'Aisne et de la Somme. Philippe, Bernard, Jean-Paul, Paul « chauffaient » les salles en reprenant les succès de l'époque (ceux d'Alain Barrière, de Mike Brant, de Frédéric François...). Il fallait interpréter des valeurs sûres et ne pas choquer l'incontournable M. Pontois, organisateur de nombreux bals locaux, sinon c'était la disette assurée ! Pas de place pour l'aventure musicale...

 

Et puis, il y avait Rico, l'accordéoniste, qui était l'animateur du groupe. Forte personnalité, grande gueule et cœur généreux, Rico avait la valse-musette dans le sang. Il avait l'art d'improviser des pots-pourris lorsqu'il sentait que l'ambiance des salles commençait à vaciller...

Un groupe heureux de jouer ensemble malgré la misère des cachets. Et, au retour dans la nuit noire, la possibilité d'écraser quelques lièvres éblouis par les phares de la voiture et de préparer par la suite quelques succulents pâtés ! Les répétitions avaient lieu chez Bernard et Jean-Paul, frères jumeaux, dans leur petite maison de Saint-Simon (dans l'Aisne, près de Saint-Quentin). Les deux frères travaillaient à Saint-Quentin chez le principal pourvoyeur d'emplois de l'époque : la grande usine de cyclomoteurs et de cycles (vraisemblablement Motobécane, devenu M.B.K. depuis son rachat par les Japonais). Bref, un quotidien pas très emballant, mais on y faisait des projets d'avenir. Malgré tout, L'horizon n'était pas bouché et les propositions d'animations de bals ne manquaient pas. Encore quelques bals et on pouvait se payer la chaîne stéréophonique de ses rêves ou permettre au groupe de s'offrir ce micro plus performant qui lui manque tant... Et qui sait ? Un impresario aura peut-être la bonne idée d'aller les voir jouer...

 

Des années d'insouciance avant le début de la grande crise du milieu des années 1970 dont nous ne sommes pas encore sortis. Quelle joie, quand venaient les beaux jours, de se rendre ensemble camper à Ault-Onival (côte picarde), avec toute l'assurance de leur jeunesse et des airs de Keith Richards ou de Brian Jones pleins la tête. L'avenir s'annonçait souriant.

 

Aujourd'hui, Rico est mort et enterré. L'auteur se recueille quelques instants sur sa tombe et se souvient de leur passé commun. Bien sûr, le groupe s'est dispersé depuis longtemps. Par la suite, l'itinéraire de Rico a été pathétique : après un bref passage chez les C.R.S. (une erreur de parcours), il trouve du travail dans une petite entreprise d'électricité générale après une longue période de chômage. Puis vient une progressive descente aux enfers, malgré son mariage et la naissance de deux garçons. Evidemment, l'alcool, les interminables soirées de beuveries... Sans doute était-ce celui du groupe qui acceptait le plus mal de devoir remiser ses rêves au rancart ? Sur ce sujet, l'auteur préfère rester pudique car il garde en mémoire le Rico de sa jeunesse, épanoui, heureux de vivre et de jouer.

 

Cet ouvrage, au style très simple et abordable par des lycéens, raconte donc des tranches de vie douces-amères de jeunes issus du milieu ouvrier pour qui la musique était une aventure (quand même !) qui permettait de sortir d'un quotidien à la fois terne et oppressant. En outre, elle leur permettait de rencontrer toutes sortes de gens sympas, mythomanes, voire un peu escrocs sur les bords ; au cas où on leur ouvrirait une porte vers le succès... De quoi se forger, quoiqu'il arrive, des souvenirs inoubliables. Dans le fond, l'amitié, le plaisir de jouer ensemble et de le communiquer aux danseurs l'emportaient sur tout. Et tant pis si les prestations n'étaient pas toujours parfaites.

 

Alors, des petits bals sans importance les p'tits bals de Picardie ?

 

Le médecin de charme par André STIL - (éditions Grasset, 1980)

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medecin de charmeOn ne présente plus André Stil aux plus de quarante ans dans notre région. D'ailleurs l'ampleur de sa carrière et d'une vie bien remplie dépasse largement le cadre de cette petite chronique. Nous ne donnerons que quelques jalons pour les plus jeunes.

 

Né le 1er avril 1921 à Hergnies, le futur écrivain est issu d'une famille modeste et chaleureuse. Son goût et ses facilités pour les études lui permirent l'obtention d'une bourse. Il intégra le lycée Wallon de Valenciennes où, lui, fils de petit artisan tailleur, il fut confronté à l'arrogance des fils de « bonnes familles ». Il se rebella dans un premier temps, mais estima préférable de prendre sa revanche en brillant dans les études. Il put ainsi décrocher avec mention son baccalauréat de philosophie. Hélas, la guerre de 1939 puis l'invasion de la France, l'année suivante, l'obligèrent à rentrer rapidement dans la vie active. Instituteur à Vieux-Condé, à Fenain (Douaisis), puis professeur au collège du Quesnoy, il réussit à la fois à préparer deux licences de Lettres et de Philosophie. Il entra avec courage dans la résistance F.T.P. (Francs-Tireurs et Partisans) et participa à la libération du Quesnoy en 1944.

 

Au sein du Comité National des Ecrivains, il rencontra Louis Aragon qui l'encouragea à écrire, après qu'il lui ait montré ses premiers poèmes d'inspiration surréaliste.

 

Adhérant au Parti Communiste Français, il exerça rapidement des responsabilités au sein de la Fédération du Nord, malgré sa grande jeunesse, en raison des nombreux militants tués par l'occupant nazi.

 

Il quitta rapidement l'enseignement pour le journalisme : à Lille, pour le journal « Liberté » et à Paris pour « Ce Soir » jusqu'en 1949. Par ailleurs, 1949 est l'année de parution de son premier livre : « Le mot mineur camarades... ». Au sein du Parti Communiste Français, il gravit rapidement les échelons : rédacteur en chef du quotidien « L'Humanité » jusqu'en 1959 et membre du comité central du P.C.F. pendant vingt ans jusqu'en 1970 où il fut démis, malgré lui, de ses fonctions.

 

En parallèle de cette vie politique bien remplie, il n'abandonna sous aucun prétexte ses ambitions littéraires. Il écrivit également des dramatiques pour la télévision (« Le petit boxeur » en 1973, « Le dernier train » en 1979, « L'ami dans le miroir » l'année suivante pour n'en citer que quelques-unes...) ainsi que quelques livres pour la jeunesse (dont « J'étais enfant au pays minier », éditions du Sorbier en 1981).

Il poursuivit sa carrière dans le Roussillon. Entretemps, il connut la consécration à deux reprises : en 1967, avec l'obtention du Prix Populiste pour l'ensemble de son œuvre et, dix ans plus tard, par son entrée au sein de la prestigieuse Académie Goncourt. André Stil nous a quittés en septembre 2004.

L'écriture de « Le médecin de charme » a été entreprise en 1979-1980, en parallèle avec la lutte menée par son épouse Moun contre un cancer décelé très tard, voire trop tard...

Ecrit pratiquement à quatre mains par un couple uni depuis quarante ans, ce roman devait constituer une sorte de thérapie, d'exutoire d'une angoisse grandissante en même temps qu'une dénonciation de l'erreur médicale. Déjà installé dans le Roussillon, André Stil a voulu éviter tout règlement de compte personnel et préféra situer l'action à Aulnoye-Aymeries (Nord).

 

Robert Ménage est un médecin respecté, bien intégré et dépourvu de toute « fierté », un notable comme le sont forcément les disciples d'Esculape dans nos petites villes. Une épouse, Noëlle, aimable, qui prend les rendez-vous par téléphone, accueille souvent les patients et qui dispose de loisirs pour cultiver ses deux jardins secrets : l'écriture de contes et la recherche de bibelots rares chez les antiquaires. Enfin, une domestique, Sophie Vacher, qui s'occupe de l'intendance du foyer.

 

Quand arrivent les week-ends où il n'est pas de garde, ce médecin, cultivant en apparence la simplicité, sait profiter de l'existence avec un groupe d'amis de longue date : bonnes tables gastronomiques dans la région, escapades en Belgique, virées en voilier sur la Manche ou la Mer du Nord. Sans oublier, un mois par an, un séjour dans des contrées lointaines, ensoleillées et souriantes.

 

Ce bel ordonnancement va être troublé le jour où Clara Davaine, femme de cheminot de cinquante ans, vient le consulter. Un examen médical de routine pour la rassurer puis on l'envoie à un laboratoire d'analyses médicales. Retour chez le docteur Ménage ... interprétation du bilan ... commentaires ... simplement un peu de cholestérol dont il faudra faire baisser le taux. Cependant, une crainte pour le sein gauche avec l'apparition d'une cicatrice. Après palpation, le médecin assure qu'elle ne doit pas se faire du souci de ce côté-là.

 

Deux ans plus tard, Clara Davaine retourne chez le docteur Ménage. Elle craint qu'au niveau du sein droit ... Nouvel examen. Le médecin ne trouve rien et la rassure à nouveau.

 

Peu de temps après, la sérénité du docteur Ménage sera déstabilisée par le plus grand des hasards. La fille d'un ami cheminot de Clara et Marcel Davaine se marie à Paris. Ils y sont cordialement invités. Le futur marié est un jeune médecin et son témoin est radiothérapeute à la fondation Curie. Une confidence de Clara au cours du banquet amène ces médecins à s'interroger sur son véritable état ; ils l'invitent à effectuer une nouvelle radiographie sur Paris. Elle y consent volontiers et, là, le diagnostic s'avère implacable : cancer du sein déjà bien avancé et le médecin traitant ne s'était rendu compte de rien ! Retour à Aulnoye, cité cheminote, où la rumeur enfle rapidement dans ce milieu professionnel dont la solidarité n'est pas un vain mot. Clara entame alors de longues et interminables séances de chimiothérapie à Valenciennes.

 

A vous lecteurs de découvrir ce roman pour en connaître la fin !

 

La construction du roman est originale. Il est divisé en deux parties pratiquement égales. La première est consacrée au docteur Ménage avec une atmosphère reflétant la tranquillité, la sécurité et un bonheur fortement teinté d'épicurisme. Dans la seconde, la parole est donnée à la malade et à son mari avec une forte impression de deux êtres entrés dans un tunnel bien sombre mais qu'une vieille complicité discrète fait qu'ils ont déjà surmontés de nombreuses épreuves en commun. Cela dit, Clara devient, malgré elle, l'héroïne d'une sorte de film dont le scénario et le dénouement lui échappent.

 

Un roman très naturaliste dans son style, dans la veine de ceux prônés par les frères Goncourt. Une réalité nue, rarement crue mais jamais impudique ou vulgaire. Pas de place non plus pour le misérabilisme.

 

La Médiathèque Gustave-Ansart et son annexe du hameau du Poirier possèdent la majeure partie des romans d'André Stil, à l'exception des plus anciens des années 1950. Ceux et celles qui voudront en savoir plus sur l'homme et l'écrivain pourront consulter avec profit deux ouvrages : « L'optimisme librement consenti », un livre d'entretiens avec Pierre-Luc Séguillon publié chez Stock en 1979 et un second livre d'entretiens avec Jean-Claude Lebrun : « Une vie à écrire » publié chez Grasset en 1993. Enfin, signalons que la revue de littérature régionale « Nord' » lui a consacré un numéro complet en mai 2008 ; on peut le commander dans toutes les bonnes librairies.

 

Monnaie bleue par Jérôme Leroy (éditions du ROCHER, 1997)

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monnaie bleueJérôme LEROY, né en 1964 à Rouen, est devenu depuis quelques années une valeur sûre de la littérature française « noire », dans la lignée de Frédéric FAJARDIE décédé prématurément le 1er mai 2008 à 61 ans. Ce Normand est devenu Nordiste d'adoption suite à une mutation professionnelle, il y a une quinzaine d'années. Il était encore, il y a deux ans, professeur de français dans un collège d'une Z.E.P. de Roubaix. Demeurant toujours dans la région, il a démissionné de l'Education Nationale et se consacre désormais à l'écriture de textes de littérature « noire » (romans, nouvelles) inspirés par l'évolution d'une société déshumanisée où l'homme est devenu entièrement au service d'une économie marchande. Il collabore également à l'hebdomadaire lillois « Liberté » (disponible en Médiathèque) où il signe la rubrique « Le talon de fer » ; il y réagit à l'actualité immédiate avec un humour très corrosif.

 

« Monnaie bleue » met en scène une France, dans un futur proche, aux prises avec une crise sociale sans précédent où la société malade est dominée par l'argent, la violence et le sexe et où nul espoir d'émancipation n'est permis. Laurent Sandre, le héros principal, est professeur de français dans un collège « difficile » de la métropole lilloise (vraisemblablement Roubaix) qui connaît des émeutes raciales de plus en plus fréquentes. Taciturne, solitaire, à l'écart du monde, il intrigue ses collègues et ses élèves. Il ne reçoit pratiquement personne chez lui, cherche à décourager tout contact amical, ne se distrait qu'en lisant « L'Equipe » ou en écoutant le « multiplex » de football sur Europe n°1 ou encore en dégustant une chope de bonne bière dans un café du centre-ville. Et puis, il y a ces petits comprimés bleus, véritables tranquillisants qu'il est condamné à absorber à intervalles très réguliers sous peine de sombrer dans des crises d'angoisse. Cette « monnaie bleue » lui permet de surnager, de garder la tête hors de l'eau, mais pas de vivre une vie pleinement normale. Et puis encore, il y a aussi la belle Aurore, professeur d'éducation physique au collège, dont Laurent est secrètement amoureux car il sait qu'il ne pourra pas être heureux impunément s'il vit sa liaison au grand jour. (Mal) mariée à un cadre supérieur fortuné mais impuissant, elle traîne sa frustration. Inévitablement, la rencontre entre Laurent et Aurore finit par avoir lieu et c'est un véritable coup de foudre entre les deux êtres. Un voile noir se déchire brusquement, la lumière réapparaît et Laurent retrouve le goût perdu de la vie d'avant...

 

La vie d'avant... quand Laurent Sandre s'appelait de son vrai nom Denis Clément, jeune écrivain prometteur, amoureux fou de la belle Agnès Desreaux depuis le lycée de Rouen. Très ambitieuse, Agnès exerce un véritable ascendant sur Denis. Abandonnant ses études supérieures (préparation à l'Ecole Normale Supérieure), il lui est complètement soumis. Puis, ils partent s'installer à Paris. Elle y termine brillamment ses études. Quant à Denis, il achève l'écriture d'un premier roman, fréquente des cocktails littéraires, trouve un éditeur par l'intermédiaire d'un ami d'Agnès. Imperceptiblement, le comportement d'Agnès change : la jeune femme non-conformiste soigne ses relations parisiennes et finit par rejoindre l'entourage de personnalités haut placées dans le milieu politico-financier. A l'issue de l'obtention de son D.E.S.S. (l'équivalent aujourd'hui d'un Master), ces derniers lui ouvrent la porte d'une carrière prometteuse dans un grand siège social. Inévitablement la rupture intervient : Denis ne fait plus partie de sa vie ; elle le quitte sans explications.

 

Dans un état de grande détresse psychologique, le jeune homme arrive, peu à peu, à reprendre pied en voulant se venger de ceux qui lui ont « pris » Agnès. La descente aux enfers commence car il ne sait pas encore à qui il a vraiment affaire...

 

Nous n'en dirons évidemment pas plus... Quelques mots sur le style de ce roman : un contraste saisissant entre la froideur apparente et une sensibilité que l'on sent affleurer à tout moment ; mais celle-ci ne déborde jamais dans le mélodrame. Et aussi, le constat clinique et désabusé d'un contexte social déprimant d'une France dirigée par des « gagneurs », hommes insatiables et sans scrupules, profitant d'une crise dont on ne voit pas l'issue.

 

La noirceur du propos est tempérée, de temps à autre, par quelques épisodes heureux, mais trop brefs, qui témoignent de la nostalgie pour une époque plus douce à la fois proche et révolue.

 

En tout cas, une lecture dont on ne sort pas indemne !

 

Jérôme LEROY est venu, en juin 1996, à la Médiathèque de Trith-Saint-Léger pour y présenter au public sa biographie de Frédéric Fajardie publiée aux éditions du Rocher en 1994. La Médiathèque possède une petite dizaine de ses œuvres (renseignements sur place).

 

Bien joué, Monsieur Marine ! par Jean-Claude DARNAL (Belfond, 1982)

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monsieur marineAprès des ouvrages à la tonalité bien sombre (André Stil, Michel Franceus, Jérôme Leroy), en voici dont la couverture nous offre déjà un aperçu de sa fraîcheur, de sa fantaisie et de son humour. En retournant le livre à la quatrième page de couverture, la photographie de l'auteur apparaît : si le nom de Jean-Claude Darnal évoque quelque vague souvenir, le visage, quant à lui, rappelle des souvenirs plus précis liés à l'enfance.

 

Quadragénaires mûrissants et quinquagénaires, rappelez-vous quand le jeudi était jour de congé scolaire. Particulièrement avec l'émission de télévision « Les jeux du jeudi » présentée par Pierre Tchernia où Jean-Claude Darnal déguisé interprétait souvent des chansons de sa composition entouré de chorales d'enfants.

 

Mais avant la télévision des années 1960, il y eut la période « Paris Rive Gauche » et Saint-Germain-des-Prés avec ses auteurs-compositeurs-interprètes où l'on pouvait applaudir, entre autres, Jacques Brel, Philippe Clay, Charles Aznavour, Léo Ferré, Juliette Gréco, Raymond Devos et tant d'autres qui débutaient modestement des carrières prometteuses dans des cabarets enfumés... Parmi eux, Jean-Claude Darnal (1954-1959). A l'époque, ayant interrompu ses études à Paris, il rêvait de devenir écrivain et « globe-trotter ». En attendant, ayant rompu avec sa famille, il lui fallait bien vivre. S'amusant à écrire des textes de chansons, il les interprétait le soir dans les restaurants parisiens, en compagnie de sa guitare. Puis, la notoriété vint rapidement : Eddie Constantine d'abord en mit deux à son répertoire : « le soudard » et « le gaucho ». les Frères Jacques, Edith Piaf, Juliette Gréco, Catherine Sauvage, Pétula Clark ...(liste non exhaustive !) le sollicitèrent également. Excusez du peu ! La rencontre avec Jacques Canetti qui l'embaucha pour des tournées épuisantes dans toute la France (pas d'autoroutes à l'époque !), les encouragements du cinéaste Jacques Tati et, surtout, la rencontre avec Boris Vian contribuèrent à lancer une carrière d'auteur-compositeur-interprète où la poésie de ses textes et sa voix chaude lui permirent d'obtenir de jolis succès (Brigitte Bardot apprécia notamment « Le tour du monde »). Il s'entendit très bien avec Boris Vian, créateur du label « Fontana » chez Philips, avec qui il parlait davantage littérature que chansons ! La disparition prématurée de Boris Vian le 23 juin 1959 lui fit perdre un soutien indispensable dans la continuation de sa carrière discographique (J.-C. Darnal s'apprêtait à quitter Philips pour rejoindre Vogue ). Le début des années 1960 vit l'émergence de la vague « yé-yé », du rock et du « show-business » avec lesquels J.-C. Darnal ne se sentait pas trop en phase. Il fut tenté un moment par le cinéma (avec les réalisateurs Jean Rouch et Jacques Doniol-Valcroze ). Mais il trouva sa voie (sans jeu de mots !) dans la chanson enfantine et la télévision française le remarqua (avec le soutien de Claude Cobast, producteur d'émissions enfantines à l'O.R.T.F.).

 

A consulter sans trop de nostalgie sur cette période si riche : « Derrière la zizique » de Boris Vian (à la page 95 de l'édition du Livre de poche) puis le livret de Joseph Moalic du disque « Les années Fontana » disponibles tous les deux en Médiathèque.

 

Dans les années 1970, Jean-Claude Darnal fut pour beaucoup dans le succès des chansons de Raoul de Godewarsvelde avec l'immortel « Quand la mer monte » dont il fut le parolier... et de bien d'autres ! Il put relancer à cette occasion sa carrière en lui donnant une tonalité régionale. Peu après la mort tragique de Raoul de Godewarsvelde (avril 1977), il lui consacra un livre-hommage publié par Georges Blondel, à l'époque éditeur à Odomez (disponible en Médiathèque).

 

Né à Douai en juin 1929, Jean-Claude Darnal a donc fêté cette année ses 80 ans entouré des siens, et notamment de son épouse Uta, comédienne, de son fils Thomas qui fut claviériste dans le groupe « La Mano Negra » et de sa fille Julie devenue chanteuse (un C.D. à ce jour, sorti en 2005 et intitulé « Entre nous soit dit ». Disponible en Médiathèque).

 

Le héros principal du livre, Yves Marine de Kertangon, est un acteur qui accumule des petits rôles dans des pièces aux succès très limités. Son avenir semble totalement bouché lorsqu'un jour il apprend que sa tante, la vicomtesse de Kertangon, est décédée à 108 ans en laissant un héritage considérable. Yves Marine est alors contacté par un notaire de Pont-Labbé (Finistère). Il entrevoit la fin de ses problèmes en se présentant à l'étude dudit notaire. Mais c'est la douche froide en entendant maître Laforêt énumérer les dernières volontés de la défunte : il n'est pas le seul héritier ; trois autres cousins figurent sur le testament. Or, ceux-ci ont disparu depuis près d'un demi-siècle ! Pour toucher sa part d'héritage, Yves Marine doit se présenter avec les trois autres à l'étude de Pont-Labbé afin d'y apposer sa signature. C'est la catastrophe...

 

C'est alors que germe dans l'esprit de l'acteur une idée de génie qui permettra à son talent de pouvoir s'épanouir : il va se substituer aux absents. il devra alors se surpasser car la moindre erreur sera fatale vis-à-vis de maître Laforêt et du personnel de l'hôtel « Au relais de Cornouaille » où il a pris pension. Arrivera-t-il à ses fins ?

 

Un livre au style alerte où l'on sourit tout au long de la lecture. Un livre qui mériterait assurément une adaptation en film en ces temps de morosité ambiante...

 

D'autres œuvres de Jean-Claude Darnal sont à découvrir en Médiathèque. Pour terminer, nous insisterons sur ses deux volumes de mémoires « On va tout seul au paradis » coédités par l'éditeur canadien Neige et par Christian Pirot, un éditeur tourangeau ardent défenseur de la chanson française, en 2003 et en 2006. En vente dans toutes les bonnes librairies.

 

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