Les coups de coeur - secteur adulte

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A découvrir - Adultes

Bien joué, Monsieur Marine ! par Jean-Claude DARNAL (Belfond, 1982)

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monsieur marineAprès des ouvrages à la tonalité bien sombre (André Stil, Michel Franceus, Jérôme Leroy), en voici dont la couverture nous offre déjà un aperçu de sa fraîcheur, de sa fantaisie et de son humour. En retournant le livre à la quatrième page de couverture, la photographie de l'auteur apparaît : si le nom de Jean-Claude Darnal évoque quelque vague souvenir, le visage, quant à lui, rappelle des souvenirs plus précis liés à l'enfance.

 

Quadragénaires mûrissants et quinquagénaires, rappelez-vous quand le jeudi était jour de congé scolaire. Particulièrement avec l'émission de télévision « Les jeux du jeudi » présentée par Pierre Tchernia où Jean-Claude Darnal déguisé interprétait souvent des chansons de sa composition entouré de chorales d'enfants.

 

Mais avant la télévision des années 1960, il y eut la période « Paris Rive Gauche » et Saint-Germain-des-Prés avec ses auteurs-compositeurs-interprètes où l'on pouvait applaudir, entre autres, Jacques Brel, Philippe Clay, Charles Aznavour, Léo Ferré, Juliette Gréco, Raymond Devos et tant d'autres qui débutaient modestement des carrières prometteuses dans des cabarets enfumés... Parmi eux, Jean-Claude Darnal (1954-1959). A l'époque, ayant interrompu ses études à Paris, il rêvait de devenir écrivain et « globe-trotter ». En attendant, ayant rompu avec sa famille, il lui fallait bien vivre. S'amusant à écrire des textes de chansons, il les interprétait le soir dans les restaurants parisiens, en compagnie de sa guitare. Puis, la notoriété vint rapidement : Eddie Constantine d'abord en mit deux à son répertoire : « le soudard » et « le gaucho ». les Frères Jacques, Edith Piaf, Juliette Gréco, Catherine Sauvage, Pétula Clark ...(liste non exhaustive !) le sollicitèrent également. Excusez du peu ! La rencontre avec Jacques Canetti qui l'embaucha pour des tournées épuisantes dans toute la France (pas d'autoroutes à l'époque !), les encouragements du cinéaste Jacques Tati et, surtout, la rencontre avec Boris Vian contribuèrent à lancer une carrière d'auteur-compositeur-interprète où la poésie de ses textes et sa voix chaude lui permirent d'obtenir de jolis succès (Brigitte Bardot apprécia notamment « Le tour du monde »). Il s'entendit très bien avec Boris Vian, créateur du label « Fontana » chez Philips, avec qui il parlait davantage littérature que chansons ! La disparition prématurée de Boris Vian le 23 juin 1959 lui fit perdre un soutien indispensable dans la continuation de sa carrière discographique (J.-C. Darnal s'apprêtait à quitter Philips pour rejoindre Vogue ). Le début des années 1960 vit l'émergence de la vague « yé-yé », du rock et du « show-business » avec lesquels J.-C. Darnal ne se sentait pas trop en phase. Il fut tenté un moment par le cinéma (avec les réalisateurs Jean Rouch et Jacques Doniol-Valcroze ). Mais il trouva sa voie (sans jeu de mots !) dans la chanson enfantine et la télévision française le remarqua (avec le soutien de Claude Cobast, producteur d'émissions enfantines à l'O.R.T.F.).

 

A consulter sans trop de nostalgie sur cette période si riche : « Derrière la zizique » de Boris Vian (à la page 95 de l'édition du Livre de poche) puis le livret de Joseph Moalic du disque « Les années Fontana » disponibles tous les deux en Médiathèque.

 

Dans les années 1970, Jean-Claude Darnal fut pour beaucoup dans le succès des chansons de Raoul de Godewarsvelde avec l'immortel « Quand la mer monte » dont il fut le parolier... et de bien d'autres ! Il put relancer à cette occasion sa carrière en lui donnant une tonalité régionale. Peu après la mort tragique de Raoul de Godewarsvelde (avril 1977), il lui consacra un livre-hommage publié par Georges Blondel, à l'époque éditeur à Odomez (disponible en Médiathèque).

 

Né à Douai en juin 1929, Jean-Claude Darnal a donc fêté cette année ses 80 ans entouré des siens, et notamment de son épouse Uta, comédienne, de son fils Thomas qui fut claviériste dans le groupe « La Mano Negra » et de sa fille Julie devenue chanteuse (un C.D. à ce jour, sorti en 2005 et intitulé « Entre nous soit dit ». Disponible en Médiathèque).

 

Le héros principal du livre, Yves Marine de Kertangon, est un acteur qui accumule des petits rôles dans des pièces aux succès très limités. Son avenir semble totalement bouché lorsqu'un jour il apprend que sa tante, la vicomtesse de Kertangon, est décédée à 108 ans en laissant un héritage considérable. Yves Marine est alors contacté par un notaire de Pont-Labbé (Finistère). Il entrevoit la fin de ses problèmes en se présentant à l'étude dudit notaire. Mais c'est la douche froide en entendant maître Laforêt énumérer les dernières volontés de la défunte : il n'est pas le seul héritier ; trois autres cousins figurent sur le testament. Or, ceux-ci ont disparu depuis près d'un demi-siècle ! Pour toucher sa part d'héritage, Yves Marine doit se présenter avec les trois autres à l'étude de Pont-Labbé afin d'y apposer sa signature. C'est la catastrophe...

 

C'est alors que germe dans l'esprit de l'acteur une idée de génie qui permettra à son talent de pouvoir s'épanouir : il va se substituer aux absents. il devra alors se surpasser car la moindre erreur sera fatale vis-à-vis de maître Laforêt et du personnel de l'hôtel « Au relais de Cornouaille » où il a pris pension. Arrivera-t-il à ses fins ?

 

Un livre au style alerte où l'on sourit tout au long de la lecture. Un livre qui mériterait assurément une adaptation en film en ces temps de morosité ambiante...

 

D'autres œuvres de Jean-Claude Darnal sont à découvrir en Médiathèque. Pour terminer, nous insisterons sur ses deux volumes de mémoires « On va tout seul au paradis » coédités par l'éditeur canadien Neige et par Christian Pirot, un éditeur tourangeau ardent défenseur de la chanson française, en 2003 et en 2006. En vente dans toutes les bonnes librairies.

 

La courte paille par Michel FRANCEUS - (éditions WESTHOEK, 1984)

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la courte pailleUn récent rangement des réserves de la Médiathèque a permis de retrouver un des rares romans édités par la maison d'édition dunkerquoise Westhoek fondée par Jean Denise, un passionné des arts et traditions populaires de notre région. Peu après sa naissance à la fin des années 1970, cette petite structure se développa rapidement, non seulement par des rééditions d'ouvrages anciens d'histoire locale, devenus introuvables depuis longtemps, mais aussi par des ouvrages originaux sur les mentalités populaires (fêtes et jeux notamment) jusqu'alors peu étudiés. Certains d'entre eux, très illustrés par des reproductions de cartes postales anciennes ou des photographies originales, ont connu une large diffusion.

 

La redécouverte des racines régionales (création du Conseil Régional en 1982) dans un contexte économique et social très difficile et le lancement des journées du Patrimoine (depuis 1980) ont sans doute concouru à ce succès. Ajoutons, pour notre part, que le besoin de retrouver ses racines (sans vaine nostalgie, bien sûr !) peut aussi contribuer à maintenir un minimum de cohésion sociale.

 

Il faut souligner que ces ouvrages bénéficiaient d'une présentation soignée (cahiers cousus, papier de fort grammage, pour certains : tirage numéroté et reliure cuir...). Soutenues par le Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais, les éditions Westhoek sont devenues les éditions des Beffrois à la fin des années 1980 avec sa collection d'histoire des Villes du Nord-Pas-de-Calais dont la grande qualité des textes fait toujours autorité. Leur disparition dans le courant des années 1990 laissa beaucoup de regrets et reflète la fragilité de l'activité éditoriale dans notre région si elle n'est pas très fortement soutenue par les pouvoirs institutionnels (Région, Département, Villes).

 

Dans le petit catalogue des romans édités par les éditions Westhoek, Michel Franceus côtoyait des noms connus comme André Pierrard ou Jean-Marc Chotteau. Michel Franceus est quasiment inconnu en France alors que sa notoriété littéraire reste forte dans le Hainaut belge. En effet, Michel Franceus est né en 1949 à Hérinnes (au nord de Tournai, sur l'Escaut, à proximité immédiate de la frontière linguistique avec la Flandre). Professeur de lettres à Mouscron, il s'occupa d'une chronique culturelle au quotidien « Le Courrier de l'Escaut » dans les années 1980. Poète, romancier, dramaturge, il fut membre de l'association Unimuse, sorte d'académie dont le rayonnement en Wallonie demeure important et qui révéla le grand talent poétique de Colette Nys-Mazure. Sa notoriété littéraire est doublée d'une notoriété politique : il est actuellement échevin (adjoint au maire) à la Ville de Mouscron, chargé de la culture et du travail sous l'étiquette CDH ( l'équivalent en Belgique du MODEM de François Bayrou). A notre connaissance, Michel Franceus n'a rien publié dans les domaines romanesques et poétiques depuis le milieu des années 1990 (sauf, peut-être, dans des revues). Est-il totalement accaparé par son activité d'élu ? Néanmoins, ses préoccupations culturelles l'ont amené récemment à créer avec Jean-Marc Chotteau, une troupe théâtrale franco-belge basée à Tourcoing. En novembre 2006, la pièce « L'Annonce à Guevara » dont il est l'auteur, fut montée à Tourcoing et reçut une critique élogieuse de la presse des deux côtés de la frontière. Signalons aussi deux autres romans : « Chôme-Sud » publié aux éditions du Cerisier en 1986 (toujours disponible en librairie !) et « Un homme à la rue » publié chez Miroirs éditions à Lille en 1991 (malheureusement épuisé).

 

Le héros de ce roman, Jérôme Fleurquin, a le vif sentiment de s'encroûter dans son métier d'enseignant où la routine a pris le dessus après seulement sept ans d'ancienneté. Il souffre aussi d'un entourage de voisins volontiers « concierges » où il étouffe sous le poids des lieux communs. Le moindre échappatoire devient vite le bienvenu.

 

Déjà, il connut une enfance étriquée entre un père garde-champêtre et une mère trop tôt disparue. Mais, la découverte de la littérature française lui offrit une première porte de sortie ; il devint professeur de français au collège d'Avenières (Mouscron ?). Quelques générations d'élèves ont vite fait de miner son idéalisme. Au bord de la dépression, il subit la solitude pesante dans sa chambre meublée chez Mme veuve Dufermont sa logeuse, brave personne au demeurant, mais à la conversation un peu courte...

 

La grisaille à 28 ans ? Pas tout à fait. Thérèse, assistante sociale, suit des cours de théâtre à ses heures perdues. Donc, elle s'intéresse aussi à la littérature, aux arts, aime sortir le week-end et, ce qui ne gâte rien, a de la conversation. Oh, il y a bien quelques disputes sans gravité. Mais, avec elle, il peut sortir la tête hors de l'eau.

 

Au cours d'une virée en baie de Somme, ils apprennent qu'un marin a disparu en mer. Alors que nous sommes en février et que la mer est démontée, les habitants mettent cela sur le compte d'une folie suicidaire (il avait fait une précédente tentative). Son corps est retrouvé quelques jours plus tard au large du Crotoy. Ce fait-divers tragique aura une résonnance inattendue dans l'esprit tourmenté de Jérôme Fleurquin. Il espérait secrètement que ce séjour sur la côte picarde allait renforcer leur liaison et aplanir quelques malentendus. Hélas, rien de tout cela. Il rentre amer en Belgique. Il sent Thérèse trop distante. Ils semblent davantage jouer à s'aimer que s'aimer réellement... Des dernières retrouvailles au parc public d'Avenières n'arrangent rien ; la déception reste vive et Jérôme a déjà l'esprit ailleurs...

 

Ailleurs, dans ses rêves intérieurs loin du monde réel. Il déserte brutalement son métier d'enseignant à la grande stupéfaction de ses collègues et de sa hiérarchie qu'il insulte. Se mettant en congé de la société, il rompt définitivement avec Thérèse. Celle-ci lui envoie une dernière lettre où elle lui propose de reprendre leur liaison sur des bases autres que l'union de deux solitudes. Elle reste évidemment sans réponse.

 

Pour terminer, laissons la parole à Jérôme Fleurquin : «... Dans ces moments de bien-être, je perçois mieux comment ma religion de la réserve m'a laissé au port avec des envies de flibuste sans cesse reculées pour être plus totale ; mais de regarder les caboteurs ne suffit plus, la mer s'avance toujours plus haute ; encore quelques lunes, même le ponton me donnera la nausée ! Je serai le capitaine à vie d'un navire qui n'a jamais navigué ohé ! ohé ! Sans doute, n'ai-je su tirer que la courte paille... » (pages 54 et 55).

 

Le volcan éteint par Bernard TETTELIN

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le volcan eteintLes manuscrits publiés par les maisons d'édition à compte d'auteur sont très souvent de qualité inégale et ont été dans la plupart des cas refusés par les maisons d'édition classiques. Les auteurs paient de fortes sommes pour se faire éditer et diffuser en France. Mais, il arrive que certains d'entre eux réservent de bonnes surprises et auraient mérité en leur temps une meilleure consécration. « LE VOLCAN ETEINT » de Bernard TETTELIN est assurément l'un d'eux. Ce mince volume de 119 pages, classé dans les réserves de la Médiathèque, ne paie pas de mine. Couverture sobre et austère comme tous les livres publiés par « La Pensée Universelle » sauf, à la quatrième page de couverture, une phrase-choc qui interpelle le lecteur curieux : « Quand je perdrai l'espérance, la foi dans la vie, alors je serai devenu vieux ». Elle incite à parcourir l'ouvrage...

 

Que savons-nous de Bernard Tettelin ? A vrai-dire peu de choses. L'auteur est né à Lille en 1946. Devenu professeur de français, il enseigna dans un collège de La Madeleine-lez-Lille. Retraité depuis peu, il publie de manière confidentielle d'autres romans aux éditions de la Margotpierre à Saint-André-lez-Lille.

 

Pourquoi ce titre « Le volcan éteint » ? B. Tettelin nous en explique les raisons en début de volume : « Au fond, c'est à trente ou trente-cinq ans que commence la vie. Les jeunes sont des volcans qui crachent leu feu et vomissent la lave. Mais lorsque le volcan s'est éteint, alors commence la vie et l'on cultive ses flancs, le volcan féconde la vallée. Je veux donc être un volcan éteint pour que vive mon prochain ».

 

Nous sommes en octobre 1978. Yves Méricourt, la trentaine, est professeur principal de collège dans la classe de 3ème C au collège de ***, une classe où l'on parque les élèves difficiles. Parmi eux, Annie Lafarge, 17 ans, qui traîne son ennui depuis plusieurs années avec le vif sentiment que son avenir est déjà bouché. Que faire après le B.E.P.C. (devenu de nos jours Brevet des Collèges) ? Entamer de vagues études dans un lycée professionnel ? Plutôt solitaire, en froid avec ses parents, Annie trouve un peu de réconfort en écoutant les chansons de Jacques Brel qui vient de mourir et aussi avec Pierre Huvelin qui est un bon copain, mais pas vraiment son « petit ami ».

Comme on peut s'y attendre, la classe de 3ème C est continuellement dans le collimateur de l'administration du collège et des parents d'élèves. Le principal finit par demander à Yves Méricourt de se montrer plus sévère et d'enseigner de façon plus magistrale. De plus, un inspecteur d'académie doit prochainement venir dans sa classe. Yves Méricourt décide alors de mobiliser ses élèves en montrant que, s'ils vivent dans un milieu hostile, il continue malgré tout à croire en eux et en leurs capacités.

 

Le jour de l'inspection, l'inspecteur blesse Y. Méricourt en lui reprochant doucement son trop grand idéalisme. Néanmoins, il reconnaît qu'il a su établir un lien entre lui et ses élèves et que, de cette sorte, un enseignement peut passer.

 

Un lien entre lui et ses élèves... Et plus particulièrement entre lui et Annie Lafarge pour qui il éprouve secrètement un « coup de foudre » depuis un exposé en classe sur Jacques Brel. Il réussit à refouler cette passion qu'il sent monter en lui : il a 33 ans et est célibataire ; elle en a 17... Refoulement provisoire. Les attaques du principal et des parents continuent contre Yves. On reproche aussi à ses élèves de s'attarder trop longtemps au bistrot près du collège et de se livrer à des trafics louches. Comme s'il en pouvait quelque chose ! Peu soutenu par ses collègues, il souffre de plus en plus de solitude morale. Sa classe commence à lui échapper ; ses élèves le déçoivent de plus en plus.

 

Cherchant désespérément une « bouée » de survie, il ne cesse de penser à Annie. Yves perd pied et le roman sombre inexorablement dans la tragédie.

 

Laissons au lecteur le soin d'en découvrir l'issue.

 

D'une lecture facile et touchante, ce roman interpellera les quadragénaires qui retrouveront des préoccupations de leur jeunesse. Il a cependant bien vieilli et peut s'adresser aussi à des lycéens d'aujourd'hui qui le liront à cœur ouvert.

 

Les Peupliers de la Prétantaine par Marc BLANCPAIN (Denoël, 1961)

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les peupliers de la pretantaineDisponible à la Médiathèque et à la Bibliothèque annexe du hameau du Poirier, ce roman oublié depuis quelques décennies mérite amplement d'être redécouvert, ne fut-ce parce qu'il est enraciné dans la Thiérache toute proche et qu'il offre une étude de mœurs fort pénétrante d'un milieu fermé, comme pour les films de Claude Chabrol, par exemple, dans le domaine du cinéma.

 

Marc Blancpain, pseudonyme de Marc Benoni, né le 29 septembre 1909 et décédé le 7 avril 2001, a été un écrivain fécond (plus d'une trentaine de romans, d'ouvrages historiques, d'essais...). Originaire du Nouvion-en-Thiérache (nord de l'Aisne), il est vite « monté » à Paris et est devenu secrétaire général (1945) puis président de l'Alliance française de 1976 à 1993 dont l'objectif est la diffusion de la langue et de la civilisation françaises dans le monde par l'intermédiaire de plus de 1000 comités et associations. Très célèbre dans les années 1950 et 1960, on trouve actuellement dans les dictionnaires et encyclopédies peu de notices le concernant car il est, depuis quelque temps, quelque peu oublié...

 

Situé à Tournehéries, un village imaginaire qu'on pourrait situer dans un triangle comprenant Guise, Maubeuge et Hirson, le domaine de la Prétantaine est une vaste exploitation agricole vivant en autarcie dans cette Thiérache encore sauvage et à l'écart des grands axes de communication. A la tête du domaine règne Charles, un rouquin sanguin et barbu, à la fois cassant, ironique et taciturne. Seul maître du lieu après les morts (officiellement) accidentelles de son père Nicolas et de son frère aîné Bréaud, il en impose également sur le plan corporel : sa bedaine est tellement épaisse que la table de chêne de la salle de séjour a été découpée exprès pour y loger son ventre ; c'est sur ce détail que débute le roman.

 

L'action se situe en 1960. Charles est veuf depuis dix ans de Clémence morte tragiquement en pleine jeunesse (son corps a été retrouvé dans un cours d'eau au pied d'une écluse). Officiellement, encore un accident... Sans enfant et ne s'étant pas remarié, Charles reporte son affection sur Jeanne, la fille de Bréaud, seule héritière du domaine.

 

Quant à Marie, vieille dame énergique, elle supervise les tâches ménagères du domaine. D'origine normande, tout comme Clémence qu'elle avait connue, éduquée et dorlotée dès sa plus tendre enfance, elle avait accouru à la Prétantaine lorsque sa protégée lui avait confié ses déceptions peu après son mariage ainsi que son sentiment de solitude morale. Pourtant, la jeune femme avait réussi à illuminer de sa présence une demeure que les gens du pays avaient surnommée « la maison des ours ». Nicolas et Bréaud, notamment, étaient tombés sous le charme.

Depuis la disparition brutale de Clémence, Marie avait toujours soupçonné Charles, qu'elle n'a jamais aimé, d'avoir tué sa femme par jalousie ainsi que son père et son frère pour prendre possession rapidement du domaine.

 

Un jour, Charles annonce à table son départ prochain avec un groupe d'agronomes et d'agriculteurs pour la Hollande afin de se former pour moderniser son exploitation. Marie profite alors de l'absence du « patriarche » pour se décider à mener sa propre enquête. Un matin, elle fait le ménage dans la chambre de Raymond surnommé « le baron », un Ardennais de 48 ans solide à la tâche, bien formé dans une école d'agriculture, à la fois adjoint et « souffre-douleur » de Charles. Elle y découvre, bien cachés, huit lingots d'or... Raymond exerçait-il un chantage sur Charles ?

 

Un peu plus tard, c'est dans la chambre de Norbert, jeune homme de 23 ans, dégourdi, rentrant tout juste de son service militaire en Algérie, qu'elle découvre une photographie étrange datant de septembre 1949 faisant figurer Norbert, alors âgé de 13 ans, en compagnie de Clémence et d'un homme jeune qu'elle identifiera bientôt : Etienne Delameuse, un avoué de Valenciennes. A l'époque, il se rendait souvent à la Prétantaine en fin de semaine afin de profiter des étangs poissonneux. Mais, y venait-il uniquement pour pêcher ?

Et que dire du médecin de Tournehéries, Lederup, qui connut quelques ennuis à la Libération en 1944 ? Il était présent lors de la découverte des corps sans vie de Nicolas et de Bréaud. Cache-t-il quelque chose ?

 

Outre une réelle intensité dramatique, il règne constamment dans ce roman une atmosphère lourde et poisseuse, comme dans certaines œuvres de Georges Simenon. Que de secrets enfouis dans les cœurs ! Mais que les amoureux de l'Avesnois et de la Thiérache se rassurent : ils y trouveront, aussi au fil des pages, des témoignages d'un art de vivre dans une région où les notions de solidarité et de goût du travail bien fait ne sont pas de vains mots.

 

Avec l'analyse de ce roman, nous laisserons le dernier mot à Marc Blancpain. Il écrit ceci dans sa préface aux « Peupliers de la Prétantaine » : « tu n'es pas, me suis-je reproché, un auteur à la mode ; tes paysans ne vivent pas en Provence et il leur arrive d'être beaux et propres et d'avoir du jugement... Pour moi, il y a une réalité paysanne et un fantastique au ras de la terre féconde, qui sont fort éloignés des poncifs à la mode, mais qui sont... Je m'y tiens encore dans ce récit ».

 

D'autres ouvrages de Marc Blancpain (romans et récits historiques) sont disponibles en Médiathèque. N'hésitez pas à vous y renseigner.

Enfin, signalons qu'une adaptation télévisée en six épisodes de ce roman a été réalisée en 1975 par Jean Herman avec le concours de Marc Blancpain pour les dialogues. On note la présence d'acteurs renommés de l'époque : Jacques Alric (Charles), Catherine Hubeau (Clémence), Vania Villers (Etienne Delameuse), François Maistre (Lederup) entre autres... Cette adaptation a été diffusée sur FR3 fin 1975-début 1976 (renseignements aimablement communiqués par M. Jean-Noël Marquet de l'I.N.A. Nord à Lille).

 

La gloire ne fait pas le bonheur par Jean-Marie TARDIEU.(La Pensée Universelle, 1979).

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la gloire ne fait pas le bonheurTout comme pour Bernard TETTELIN, voici un autre roman publié à « La Pensée Universelle » fin 1979 qui aurait mérité un meilleur sort. A notre connaissance, il s'agit du seul roman de l'auteur qui ne connut qu'une gloire fugitive durant les premiers mois de 1980 dans notre région. Publié à compte d'auteur, sa diffusion dut être confidentielle, ce qui n'empêcha pas les responsables de l'association du Centre Culturel Pablo-Picasso de Trith-Saint-Léger de le remarquer et de l'acheter pour la bibliothèque, logée à l'époque au château Alnot.

 

C'est ce coup d'essai –à notre sens réussi- que nous saluons en ce mois de mars 2010 pour le présenter aux lecteurs. Emergé des rayons de la réserve de la médiathèque Gustave-Ansart lors d'un récent reclassement, sa lecture a procuré un vif intérêt à l'auteur de ses lignes. Il a apprécié également la fraîcheur du style et le romantisme juvénile dans les réactions de quelques personnages. Un roman aux multiples rebondissements qui l'a amené à en savoir plus sur l'auteur.

 

Grâce à l'amabilité du personnel de la bibliothèque multimédia de Valenciennes, une recherche effectuée dans les collections de « La Voix du Nord » de janvier 1980 a permis de retrouver, à la date du 10 janvier, un article de présentation du roman avec une photo de l'auteur. Né en 1949 à Boulogne-sur-Mer, il émigra jeune vers le Valenciennois et demeura à Raismes. Après quelques essais en tant que parolier, où il n'eut malheureusement aucun succès, il trouva un emploi d'informaticien à la Franco-Belge (actuellement Alsthom). Mais le démon (bienfaisant !) de l'écriture le titille et voici donc ce roman sur les rayons des librairies.

 

L'action se situe dans notre région. Le soir de la Saint-Nicolas (6 décembre), une bande de copains-copines doit se réunir chez Fred, un cafetier qui s'est mis en quatre pour mitonner un excellent repas. Alain et Bernadette, Daniel et Rosine, Bernard et Thérèse, Christian et Brigitte vont sûrement passer un bon moment ensemble. Tout le monde est là et semble de bon humeur ... ou presque. Il manque Brigitte et cela jette une ombre sur la gaieté ambiante ; Christian se morfond...

 

Le lendemain, Christian Ternier et le groupe apprennent l'affreuse nouvelle : Brigitte, en les rejoignant, a été renversée par la remorque d'un camion. La mort a été instantanée. Le ciel tombe sur la tête de Christian. Prostré, enfermé dans sa chambre, hors d'état d'assister aux funérailles de son amie fauchée injustement à 18 ans, il entre dans une profonde dépression et se coupe de son entourage. Quelques jours plus tard, muni de barbituriques, il se rend nuitamment au cimetière de la ville, s'allonge sur la dalle de la tombe de Brigitte Lambier. Avec une froide détermination, il avale une importante quantité de cachets. Puis, plus rien ... Jusqu'à ce réveil à l'hôpital. Il a été miraculeusement sauvé par le gardien du cimetière qui commença son service plus tôt ... et par le repas copieux pris la veille et qui a ralenti l'effet mortel des somnifères.

 

Entouré de l'affection des siens, Christian décide de remonter la pente. Il se jette à corps perdu dans la pratique du football dont il est déjà un excellent avant-centre de l'équipe de la ville jouant en division d'honneur. Il participe à un tournoi au Touquet, le mois de janvier suivant ce tragique 6 décembre. En souvenir de Brigitte, il se surpasse en étant l'artisan principal de la victoire de son équipe.

 

Peu après, il est contacté par le recruteur de l'équipe de Boulogne-sur-Mer évoluant en seconde division professionnelle (actuelle Ligue 2). Un contrat alléchant lui est proposé ; il y répond favorablement. Après d'heureuses péripéties – où il travaille dur sa technique et ses dribbles pour se mettre à niveau – il devient titulaire dans l'équipe. La finale de la Coupe de France, la montée en première division, la sélection en équipe de France, le transfert à Atvidaberg, une équipe suédoise de premier plan, constituent autant d'étapes d'une marche triomphale. Il a tout pour être heureux... Mais Brigitte n'est plus de ce monde. Décidément, la gloire ne fait pas le bonheur !

 

Ce livre pourrait faire l'objet d'une adaptation pour un téléfilm tant les dialogues sont alertes, vifs et directs. Bien qu'il ait été publié il y a trente ans, il reste un livre abordable pour les adolescents du niveau lycée qui y retrouveront peut-être, au travers de certains des personnages, les réactions qu'eux-mêmes auraient eu face à quelques situations décrites.

 

L'amour, l'amitié et le refus de la médiocrité sont bien au centre de ce roman.

 

Il est à regretter que l'auteur n'ait pas pu transformer cet essai prometteur. La difficulté de se faire éditer doit y être sans doute pour quelque chose...

 

Le joueur de triangle par André OBEY, (éditions Bernard GRASSET, 1928)

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le joueur de triangleAprès l'article sur Jean-Claude DARNAL, nous retournons dans la bonne ville de Douai où a vécu dans sa jeunesse une grande figure du monde théâtral du siècle dernier : André OBEY. Une fois de plus, on ne sera pas blasé de constater que notre région, malgré les clichés éculés que l'on continue à proférer à son encontre, a vu naître de fortes personnalités dans de bien nombreux domaines. Cela écrit, il est néanmoins vrai que l'attraction de la capitale a souvent été la plus forte pour quiconque caressait une ambition en dehors de toute activité à l'ombre de ceux qui furent les piliers de l'économie régionale : mines, métiers du fer, industrie textile, chimie...

 

Des activités séculaires existaient (existent toujours et continuent à toujours se développer malgré la crise !) dans les villes du Nord dont il serait trop long, ici, de développer sur leur rôle éminemment social de brassage. En tout cas, cela permettait de se constituer une notoriété en dehors des convenances habituelles de son milieu social. L'appartenance à un orchestre ou à une fanfare était le cas de figure le plus classique, surtout dans le bassin minier. La participation à des concours permettait d'élargir ses horizons géographiques et personnels...

 

Dans son enfance, André Obey était entré au Conservatoire de Douai où il excellait, paraît-il, au piano. On envisageait pour lui une carrière musicale. Mais, après une très bonne scolarité au lycée, il préféra sans doute jouer la carte de la prudence en préparant une licence en droit et une licence ès lettres.

 

La première guerre mondiale vint, de manière brutale, contrarier ses projets : il fut gravement blessé à la tête par des éclats d'obus le 29 août 1914. Soigné à Limoges où il poursuivit une longue convalescence, il y rencontra Jeanne Moreau (à ne pas confondre avec la grande actrice !) qui devint sa première épouse en 1919.

 

Démobilisé, il s'installa à Paris avec sa famille. Douai avait beaucoup souffert des bombardements ; il ne reconnaissait plus vraiment sa ville natale et les souvenirs de jeunesse semblaient appartenir à une autre planète... Pendant deux ans, il tâtonna, à la recherche de sa vocation. Pour des raisons alimentaires, il collabora à différents journaux comme critique musical et dramatique. Il tâta aussi de l'écriture en commençant par composer des récits autobiographiques qu'il réussit à faire publier ; mais ils passèrent quasiment inaperçus durant la première partie des années 1920.

 

En 1921, sa rencontre avec Jacques Copeau fut déterminante pour le reste de son existence. Jacques Copeau : une des rares personnes qui chercha, dès avant la guerre de 1914-1918, à dépoussiérer le répertoire du théâtre classique, à sortir de l'ornière du théâtre de boulevard trop omniprésent, à simplifier la mise en scène afin d'accorder la primauté au texte et au jeu de l'acteur. Dans les années 1920, il avait créé en Bourgogne une école d'Art dramatique : « les Copiaux » qu'André Obey fréquenta. Entre les deux hommes, ce fut le début d'une amitié exigeante, quelquefois orageuse.

La carrière théâtrale d'André Obey est particulièrement bien détaillée dans le catalogue de l'exposition présentée à la bibliothèque municipale de Douai du 8 novembre au 21 décembre 1985. Remarquons au passage un bel hommage de 1975 du regretté Jean-Louis Barrault, année de la disparition d'André Obey, repris dans ce catalogue dont un exemplaire est consultable à la médiathèque Gustave-Ansart.

A signaler qu'André Obey, outre ses créations, fut un grand serviteur de la culture. En 1944, après la Libération, il dirigea les émissions dramatiques et littéraires de la Radiodiffusion Française ; de 1945 à 1947, grande consécration, il devint administrateur général de la Comédie Française. Très sportif, André Obey avait couvert pour le journal « L'Equipe » les épreuves d'athlétisme des Jeux Olympiques de Londres en 1948.

 

« Le joueur de triangle », très autobiographique, nous raconte les débuts d'un jeune Douaisien de 17 ans, en 1910, au sein de l'orchestre municipal. Alors qu'il est très doué pour le piano, le directeur lui confie ... un triangle, considérant que cette place modeste ne revient qu'à lui. Il s'agit aussi d'une petite vengeance car le directeur n'aime pas les admirateurs de Debussy et de Ravel considérés par lui comme musiciens décadents ! Le jeune homme en est évidemment très vexé et rumine intérieurement sa déception car la musique occupe une place primordiale dans sa vie. Sa mère en est évidemment catastrophée...

 

Cependant, cette position ingrate lui permet d'analyser (avec le lecteur) le fonctionnement de l'orchestre. Il éprouve aussi un véritable coup de foudre pour deux jeunes musiciennes. Si la trame de ce roman peut paraître mince, il y également le contexte, ce décor de ville flamande confite dans ses traditions, sûre de ses valeurs immémoriales d'un monde quasi irréel que la guerre de 1914-1918 va lézarder.

Un mot sur le style, d'une grande fraîcheur juvénile. A croire que, durant de longues années, l'auteur a « porté » en lui ce roman avant de lui donner vie sur le papier. Une bonne surprise qui mérite d'être signalée pour cet ouvrage plus tout à fait récent comme une invitation à le découvrir et à le lire.

 

Pour ce livre, l'auteur obtint le Prix Renaudot en 1928. Publié initialement chez Bernard Grasset, l'exemplaire dont nous disposons est une réédition de 1992 (Miroirs Editions) avec une belle préface du célèbre compositeur Henri Dutilleux, d'origine douaisienne et Grand Prix de Rome de musique en 1938. Une présentation de Paul Renard, Président de la Société de Littérature du Nord, complète l'introduction et aide le lecteur curieux en situant bien le contexte de la « gestation » de ce roman.

 

Les rives incertaines par Robert MALLET (Editions Gallimard, 1993)

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les rives incertainesOn sait depuis longtemps que la Picardie demeure une terre d'écrivains. Disparu le 4 décembre 2002, Robert Mallet en était un illustre exemple, en tant que poète, aussi célébré à Amiens (sinon plus...) qu'à Paris. Le recteur Mallet disait-on avec déférence dans sa région natale à ce grand défenseur de la culture picarde. A juste titre car il organisa la création de l'Académie de Picardie en 1964, dont il fut le premier recteur, et participa à la création de l'Université d'Amiens. En 1970, il fut promu recteur de l'Académie de Paris jusqu'à sa retraite en 1980.

 

Robert Mallet vit le jour en mars 1915. Issu d'une famille bourgeoise (père avocat), il était né sous une bonne étoile à Mareuil-Caubert (ou à Paris, là les biographes divergent étant donné que Mareuil-Caubert se situait à proximité des zones de combat du front de la Somme). Très attaché aux lieux de son enfance, le poète –se proclamant pourtant citoyen du monde- défendra jusqu'à son dernier souffle la nature en baie de Somme et pourfendra la menace du « bétonnage » de ce littoral encore préservé heureusement.

 

Jeune homme, il fit ses études secondaires à Neuilly puis au lycée Louis-le-Grand à Paris. Il y fit la connaissance de François Valéry (le fils du grand poète, pas le chanteur !) qui l'amena à découvrir l'œuvre de son père et à susciter la vocation de l'écriture poétique.

Hélas, la guerre éclata de nouveau en septembre 1939. Gravement blessé lors des combats de mai-juin 1940, il fut fait prisonnier et transféré dans un camp où on le soigna tant bien que mal. Réussissant à s'évader, il rejoignit Paris et s'inscrivit au Barreau en tant qu'avocat stagiaire. C'est alors qu'il décida d'entrer dans la Résistance.

 

A la Libération en 1944, c'est l'éclosion d'une grande carrière littéraire doublée d'une non moins grande carrière universitaire. Afin d'éviter une fastidieuse énumération des titres de gloire de l'écrivain, on ne saurait trop conseiller au lecteur curieux de se référer au tome 9 de « L'histoire de la poésie française » de Robert SABATIER (éditions Albin Michel) disponible en Médiathèque. Plusieurs sites internet consacrent également des notices à Robert Mallet, notamment celui des éditions Gallimard et celui intitulé www.evene.fr (en dehors de l'incontournable Wikipedia !).

 

« Les rives incertaines » a reçu peu après sa parution le prestigieux prix mondial Cino Del Duca. Dans ce roman apparaissent en décor Paris et, surtout, la baie de Somme dont l'ambiance et le climat servent de révélateurs aux véritables traits de caractère des personnages. Le charme de la vieille cité de Saint-Valéry-sur-Somme contribue aussi à apporter une atmosphère plus chaleureuse.

Bertrand Fréchencourt, 44 ans, célibataire, mène une existence rangée et un peu morne entre ses occupations professionnelles (ingénieur agronome), sa demi-sœur Nathalie très possessive et quelques aventures sentimentales sans lendemain. Le jour où il rencontre Cora Bailleul, 19 ans, à Paris au jardin du Luxembourg, il ressent instinctivement que cette liaison ne sera pas comme les autres. Bertrand a cependant du mal à croire au grand amour. Il ne se livre qu'avec retenue, la différence d'âge y étant peut-être pour quelque chose. Il est aussi très attaché à son indépendance... Cora, issue d'une famille bourgeoise (un père notaire à Poitiers), cherche à s'émanciper d'un carcan familial trop étroit. Elle paraît lointaine voire ironique au début de sa liaison, un peu en décalage.

 

Un jour d'octobre, Bertrand accepte l'invitation de Cora de passer un week-end dans la villa de sa tante Judith, 60 ans, demeurant à Saint-Valéry-sur-Somme. Il y est reçu très chaleureusement, l'employée de maison appliquant à la lettre les directives de Judith.

 

D'autres week-ends, bien entendu, suivront... Quand Bertrand rencontre Judith, il est à la fois intimidé et intrigué : elle semble si cultivée, si accueillante, presque maternelle ... et à la fois très secrète. Il y a bien cette chambre à l'étage de la villa, toujours fermée à double tour, dont seule Judith possède la clef. Y cache-t-elle un souvenir douloureux de son passé ? Insensiblement, Bertrand se détourne de Cora et se rapproche de Judith. Celle-ci, au début, tente de garder ses distances en arguant (aussi !) de la différence d'âge.

 

Cependant l'amour finit par être le plus fort et il faut en même temps se cacher de Cora... On atteint là les « rives incertaines » du continent des sentiments. Se pose alors aux deux amants la question de l'issue d'une telle liaison... Question insondable, on s'en doute.

A vous lecteur de vous plonger dans la lecture de ce livre écrit comme on peut peindre une peinture impressionniste : tout en demi-teintes, tout en subtilités, tout en nuances comme le paysage de la baie de Somme !

 

La Médiathèque possède un autre roman de Robert Mallet, publié en 1985 : « Ellynn ». Dans les verts paysages d'Irlande, l'histoire des relations complexes et passionnées entre un père artiste-peintre et sa fille Ellynn.

 

La rumeur par Hugo CLAUS - (Editions de Fallois, 1997)

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la rumeurVu de France, quand on s'intéresse à la littérature belge du 20ème siècle, on pense automatiquement à Georges Simenon, à Emile Verhaeren, à Charles Plisnier, à Françoise Mallet-Joris et moins sérieusement à Hercule Poirot, un célèbre détective belge qui a inspiré Agatha Christie et qu'on ne présente plus !!! Tous s'expriment en français, écrivent en français, pensent en français malgré leurs origines flamandes pour certains. Jusqu'aux années 1960, la culture francophone était hégémonique partout en Belgique : c'était celle des élites bon chic bon genre.

 

Depuis, les choses ont bien changé. On assiste à un réveil de la culture et de la langue flamandes ... pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur avec des personnalités comme Hugo Claus.

Hugo Claus a failli ne pas devenir écrivain. Né à Bruges en 1929, il ne s'entend pas avec son père imprimeur qui le scolarise dans un strict pensionnat catholique. Très jeune, Il finit par s'enfuir et survit en devenant ouvrier saisonnier dans le Nord de la France. Puis, au cours d'un séjour à Paris, la rencontre avec le mouvement surréaliste et Antonin Artaud fut pour lui déterminante. Dans cette mouvance, de 1948 à 1951, il participa au mouvement artistique avant-gardiste COBRA (COpenhague, Bruxelles, Amsterdam). Originaires de l'Europe du Nord-Ouest, des peintres ont voulu s'opposer à la culture rationaliste occidentale de leur époque et prôner un retour au « primitif », à la culture naïve des enfants...

 

Cependant, la passion de l'écriture reprend vite le dessus. Il choisit d'écrire en néerlandais, sa langue maternelle, tout en se définissant comme un « flamingant francophile ». Entre 1950 et 2008, pas moins d'une centaine d'ouvrages sont publiés ( romans, recueils poétiques, pièces de théâtre, adaptations théâtrales...). Il se consacre toujours à la peinture mais aussi au cinéma qu'il a appris à apprécier au cours d'un séjour en Italie. Très attaché à sa Flandre natale, il a toujours voulu, malgré tout, faire « bouger » la société flamande à qui il reproche un trop grand traditionalisme et une médiocrité qui donne à ses habitants une vision très étriquée de l'existence. Toute son œuvre a voulu participer de cette prise de conscience et il n'hésitait pas à provoquer l'opinion publique (notamment au festival expérimental de Knokke -le-Zoute en 1967). Dans cet ordre des choses, la publication de son grand roman « Le Chagrin des Belges » en 1983 donna lieu à beaucoup de controverses : il y dénonce la collaboration flamande avec l'occupant nazi durant la Seconde Guerre Mondiale, sujet longtemps tabou en Belgique...

 

Plusieurs fois donné favori pour le Prix Nobel de Littérature, il ne put jamais obtenir cette distinction suprême. Néanmoins, une cinquantaine de prix littéraires ont contribué à faire passer son œuvre dans la postérité. Excusez du peu !

En septembre 2007, il a signé avec 400 personnalités flamandes une pétition en faveur de l'unité de la Belgique toujours menacée en cette année 2010. Atteint de la maladie d'Alzheimer depuis la fin des années 1990, Hugo Claus décida de mettre fin à ses jours le 19 mars 2008 en demandant à être euthanasié comme la loi belge le permet.

« La Rumeur » se déroule à la fin des années 1960 dans le village de Bousekerke où tout le monde épie tout le monde avec d'interminables commérages chez les habitués du café central. Le retour de René Catrysse au pays fait bien délier les langues. Malade et épuisé, il a servi dans une armée de mercenaires en Afrique centrale au service d'intérêts peu avouables. Le personnage fait peur : le repos d'un guerrier, même diminué, trouble la quiétude du village.

Adolf et Alma, ses parents, sont embarrassés : le départ il y a trois ans de leur enfant terrible pour de lointaines contrées leur laissait un répit salvateur et d'où –qui sait ?- il ne reviendrait jamais !

Voilà qu'une étrange épidémie se déclare à Bousekerke. Des dizaines d'habitants sont touchés les uns après les autres. Toutes sortes d'explications fusent au café « Le Pot-aux-Roses », le quartier général de ces fameux commérages, aussi farfelues les unes que les autres.

Ces tentatives d'explications ne suffisant pas, les habitués du café finissent par trouver un bouc-émissaire idéal en la personne de René Catrysse. On ne sait jamais : en Afrique, on peut contracter de curieuses maladies inconnues en Belgique. Circonstance aggravante, René Catrysse est né à la fin de la dernière guerre des amours entre un soldat nazi et Alma, la mère de René, qui servait comme infirmière volontaire dans l'armée allemande. Et la rumeur enfle, enfle...

Les parents de René commencent à subir des brimades. René va-t-il devoir fuir ?

 

L'écriture d'Hugo Claus fait bien ressortir les non-dits et la violence souterraine qui habite nombre des personnages du roman. Sous des dehors policés et dans une atmosphère de prospérité matérielle se cache une grande misère morale.

Chaque chapitre du roman se focalise soit sur un personnage soit sur l'ensemble des clients du café « Le Pot-aux-Roses ». Ces chapitres, souvent très brefs, trace de manière incisive un trait de caractère dominant, une attitude apparemment anodine d'untel ou d'unetelle qui apparaît soudainement révélatrice de sa personnalité profonde pour le lecteur. Une économie de moyens qui apparaît très efficace sans alourdir la démonstration. Hugo Claus a été réalisateur de films ; comme pour un scénario, cela se ressent aussi par le rythme vif dans la progression du roman et, répétons-le, dans la profondeur psychologique sans analyses laborieuses ni longs commentaires.

 

La Médiathèque Gustave-Ansart de Trith-Saint-Léger propose d'autres œuvres d'Hugo Claus à découvrir et à lire sans modération.

 

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