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A découvrir - Adultes

Le volcan éteint par Bernard TETTELIN

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le volcan eteintLes manuscrits publiés par les maisons d'édition à compte d'auteur sont très souvent de qualité inégale et ont été dans la plupart des cas refusés par les maisons d'édition classiques. Les auteurs paient de fortes sommes pour se faire éditer et diffuser en France. Mais, il arrive que certains d'entre eux réservent de bonnes surprises et auraient mérité en leur temps une meilleure consécration. « LE VOLCAN ETEINT » de Bernard TETTELIN est assurément l'un d'eux. Ce mince volume de 119 pages, classé dans les réserves de la Médiathèque, ne paie pas de mine. Couverture sobre et austère comme tous les livres publiés par « La Pensée Universelle » sauf, à la quatrième page de couverture, une phrase-choc qui interpelle le lecteur curieux : « Quand je perdrai l'espérance, la foi dans la vie, alors je serai devenu vieux ». Elle incite à parcourir l'ouvrage...

 

Que savons-nous de Bernard Tettelin ? A vrai-dire peu de choses. L'auteur est né à Lille en 1946. Devenu professeur de français, il enseigna dans un collège de La Madeleine-lez-Lille. Retraité depuis peu, il publie de manière confidentielle d'autres romans aux éditions de la Margotpierre à Saint-André-lez-Lille.

 

Pourquoi ce titre « Le volcan éteint » ? B. Tettelin nous en explique les raisons en début de volume : « Au fond, c'est à trente ou trente-cinq ans que commence la vie. Les jeunes sont des volcans qui crachent leu feu et vomissent la lave. Mais lorsque le volcan s'est éteint, alors commence la vie et l'on cultive ses flancs, le volcan féconde la vallée. Je veux donc être un volcan éteint pour que vive mon prochain ».

 

Nous sommes en octobre 1978. Yves Méricourt, la trentaine, est professeur principal de collège dans la classe de 3ème C au collège de ***, une classe où l'on parque les élèves difficiles. Parmi eux, Annie Lafarge, 17 ans, qui traîne son ennui depuis plusieurs années avec le vif sentiment que son avenir est déjà bouché. Que faire après le B.E.P.C. (devenu de nos jours Brevet des Collèges) ? Entamer de vagues études dans un lycée professionnel ? Plutôt solitaire, en froid avec ses parents, Annie trouve un peu de réconfort en écoutant les chansons de Jacques Brel qui vient de mourir et aussi avec Pierre Huvelin qui est un bon copain, mais pas vraiment son « petit ami ».

Comme on peut s'y attendre, la classe de 3ème C est continuellement dans le collimateur de l'administration du collège et des parents d'élèves. Le principal finit par demander à Yves Méricourt de se montrer plus sévère et d'enseigner de façon plus magistrale. De plus, un inspecteur d'académie doit prochainement venir dans sa classe. Yves Méricourt décide alors de mobiliser ses élèves en montrant que, s'ils vivent dans un milieu hostile, il continue malgré tout à croire en eux et en leurs capacités.

 

Le jour de l'inspection, l'inspecteur blesse Y. Méricourt en lui reprochant doucement son trop grand idéalisme. Néanmoins, il reconnaît qu'il a su établir un lien entre lui et ses élèves et que, de cette sorte, un enseignement peut passer.

 

Un lien entre lui et ses élèves... Et plus particulièrement entre lui et Annie Lafarge pour qui il éprouve secrètement un « coup de foudre » depuis un exposé en classe sur Jacques Brel. Il réussit à refouler cette passion qu'il sent monter en lui : il a 33 ans et est célibataire ; elle en a 17... Refoulement provisoire. Les attaques du principal et des parents continuent contre Yves. On reproche aussi à ses élèves de s'attarder trop longtemps au bistrot près du collège et de se livrer à des trafics louches. Comme s'il en pouvait quelque chose ! Peu soutenu par ses collègues, il souffre de plus en plus de solitude morale. Sa classe commence à lui échapper ; ses élèves le déçoivent de plus en plus.

 

Cherchant désespérément une « bouée » de survie, il ne cesse de penser à Annie. Yves perd pied et le roman sombre inexorablement dans la tragédie.

 

Laissons au lecteur le soin d'en découvrir l'issue.

 

D'une lecture facile et touchante, ce roman interpellera les quadragénaires qui retrouveront des préoccupations de leur jeunesse. Il a cependant bien vieilli et peut s'adresser aussi à des lycéens d'aujourd'hui qui le liront à cœur ouvert.

 

Les Peupliers de la Prétantaine par Marc BLANCPAIN (Denoël, 1961)

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les peupliers de la pretantaineDisponible à la Médiathèque et à la Bibliothèque annexe du hameau du Poirier, ce roman oublié depuis quelques décennies mérite amplement d'être redécouvert, ne fut-ce parce qu'il est enraciné dans la Thiérache toute proche et qu'il offre une étude de mœurs fort pénétrante d'un milieu fermé, comme pour les films de Claude Chabrol, par exemple, dans le domaine du cinéma.

 

Marc Blancpain, pseudonyme de Marc Benoni, né le 29 septembre 1909 et décédé le 7 avril 2001, a été un écrivain fécond (plus d'une trentaine de romans, d'ouvrages historiques, d'essais...). Originaire du Nouvion-en-Thiérache (nord de l'Aisne), il est vite « monté » à Paris et est devenu secrétaire général (1945) puis président de l'Alliance française de 1976 à 1993 dont l'objectif est la diffusion de la langue et de la civilisation françaises dans le monde par l'intermédiaire de plus de 1000 comités et associations. Très célèbre dans les années 1950 et 1960, on trouve actuellement dans les dictionnaires et encyclopédies peu de notices le concernant car il est, depuis quelque temps, quelque peu oublié...

 

Situé à Tournehéries, un village imaginaire qu'on pourrait situer dans un triangle comprenant Guise, Maubeuge et Hirson, le domaine de la Prétantaine est une vaste exploitation agricole vivant en autarcie dans cette Thiérache encore sauvage et à l'écart des grands axes de communication. A la tête du domaine règne Charles, un rouquin sanguin et barbu, à la fois cassant, ironique et taciturne. Seul maître du lieu après les morts (officiellement) accidentelles de son père Nicolas et de son frère aîné Bréaud, il en impose également sur le plan corporel : sa bedaine est tellement épaisse que la table de chêne de la salle de séjour a été découpée exprès pour y loger son ventre ; c'est sur ce détail que débute le roman.

 

L'action se situe en 1960. Charles est veuf depuis dix ans de Clémence morte tragiquement en pleine jeunesse (son corps a été retrouvé dans un cours d'eau au pied d'une écluse). Officiellement, encore un accident... Sans enfant et ne s'étant pas remarié, Charles reporte son affection sur Jeanne, la fille de Bréaud, seule héritière du domaine.

 

Quant à Marie, vieille dame énergique, elle supervise les tâches ménagères du domaine. D'origine normande, tout comme Clémence qu'elle avait connue, éduquée et dorlotée dès sa plus tendre enfance, elle avait accouru à la Prétantaine lorsque sa protégée lui avait confié ses déceptions peu après son mariage ainsi que son sentiment de solitude morale. Pourtant, la jeune femme avait réussi à illuminer de sa présence une demeure que les gens du pays avaient surnommée « la maison des ours ». Nicolas et Bréaud, notamment, étaient tombés sous le charme.

Depuis la disparition brutale de Clémence, Marie avait toujours soupçonné Charles, qu'elle n'a jamais aimé, d'avoir tué sa femme par jalousie ainsi que son père et son frère pour prendre possession rapidement du domaine.

 

Un jour, Charles annonce à table son départ prochain avec un groupe d'agronomes et d'agriculteurs pour la Hollande afin de se former pour moderniser son exploitation. Marie profite alors de l'absence du « patriarche » pour se décider à mener sa propre enquête. Un matin, elle fait le ménage dans la chambre de Raymond surnommé « le baron », un Ardennais de 48 ans solide à la tâche, bien formé dans une école d'agriculture, à la fois adjoint et « souffre-douleur » de Charles. Elle y découvre, bien cachés, huit lingots d'or... Raymond exerçait-il un chantage sur Charles ?

 

Un peu plus tard, c'est dans la chambre de Norbert, jeune homme de 23 ans, dégourdi, rentrant tout juste de son service militaire en Algérie, qu'elle découvre une photographie étrange datant de septembre 1949 faisant figurer Norbert, alors âgé de 13 ans, en compagnie de Clémence et d'un homme jeune qu'elle identifiera bientôt : Etienne Delameuse, un avoué de Valenciennes. A l'époque, il se rendait souvent à la Prétantaine en fin de semaine afin de profiter des étangs poissonneux. Mais, y venait-il uniquement pour pêcher ?

Et que dire du médecin de Tournehéries, Lederup, qui connut quelques ennuis à la Libération en 1944 ? Il était présent lors de la découverte des corps sans vie de Nicolas et de Bréaud. Cache-t-il quelque chose ?

 

Outre une réelle intensité dramatique, il règne constamment dans ce roman une atmosphère lourde et poisseuse, comme dans certaines œuvres de Georges Simenon. Que de secrets enfouis dans les cœurs ! Mais que les amoureux de l'Avesnois et de la Thiérache se rassurent : ils y trouveront, aussi au fil des pages, des témoignages d'un art de vivre dans une région où les notions de solidarité et de goût du travail bien fait ne sont pas de vains mots.

 

Avec l'analyse de ce roman, nous laisserons le dernier mot à Marc Blancpain. Il écrit ceci dans sa préface aux « Peupliers de la Prétantaine » : « tu n'es pas, me suis-je reproché, un auteur à la mode ; tes paysans ne vivent pas en Provence et il leur arrive d'être beaux et propres et d'avoir du jugement... Pour moi, il y a une réalité paysanne et un fantastique au ras de la terre féconde, qui sont fort éloignés des poncifs à la mode, mais qui sont... Je m'y tiens encore dans ce récit ».

 

D'autres ouvrages de Marc Blancpain (romans et récits historiques) sont disponibles en Médiathèque. N'hésitez pas à vous y renseigner.

Enfin, signalons qu'une adaptation télévisée en six épisodes de ce roman a été réalisée en 1975 par Jean Herman avec le concours de Marc Blancpain pour les dialogues. On note la présence d'acteurs renommés de l'époque : Jacques Alric (Charles), Catherine Hubeau (Clémence), Vania Villers (Etienne Delameuse), François Maistre (Lederup) entre autres... Cette adaptation a été diffusée sur FR3 fin 1975-début 1976 (renseignements aimablement communiqués par M. Jean-Noël Marquet de l'I.N.A. Nord à Lille).

 

La gloire ne fait pas le bonheur par Jean-Marie TARDIEU.(La Pensée Universelle, 1979).

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la gloire ne fait pas le bonheurTout comme pour Bernard TETTELIN, voici un autre roman publié à « La Pensée Universelle » fin 1979 qui aurait mérité un meilleur sort. A notre connaissance, il s'agit du seul roman de l'auteur qui ne connut qu'une gloire fugitive durant les premiers mois de 1980 dans notre région. Publié à compte d'auteur, sa diffusion dut être confidentielle, ce qui n'empêcha pas les responsables de l'association du Centre Culturel Pablo-Picasso de Trith-Saint-Léger de le remarquer et de l'acheter pour la bibliothèque, logée à l'époque au château Alnot.

 

C'est ce coup d'essai –à notre sens réussi- que nous saluons en ce mois de mars 2010 pour le présenter aux lecteurs. Emergé des rayons de la réserve de la médiathèque Gustave-Ansart lors d'un récent reclassement, sa lecture a procuré un vif intérêt à l'auteur de ses lignes. Il a apprécié également la fraîcheur du style et le romantisme juvénile dans les réactions de quelques personnages. Un roman aux multiples rebondissements qui l'a amené à en savoir plus sur l'auteur.

 

Grâce à l'amabilité du personnel de la bibliothèque multimédia de Valenciennes, une recherche effectuée dans les collections de « La Voix du Nord » de janvier 1980 a permis de retrouver, à la date du 10 janvier, un article de présentation du roman avec une photo de l'auteur. Né en 1949 à Boulogne-sur-Mer, il émigra jeune vers le Valenciennois et demeura à Raismes. Après quelques essais en tant que parolier, où il n'eut malheureusement aucun succès, il trouva un emploi d'informaticien à la Franco-Belge (actuellement Alsthom). Mais le démon (bienfaisant !) de l'écriture le titille et voici donc ce roman sur les rayons des librairies.

 

L'action se situe dans notre région. Le soir de la Saint-Nicolas (6 décembre), une bande de copains-copines doit se réunir chez Fred, un cafetier qui s'est mis en quatre pour mitonner un excellent repas. Alain et Bernadette, Daniel et Rosine, Bernard et Thérèse, Christian et Brigitte vont sûrement passer un bon moment ensemble. Tout le monde est là et semble de bon humeur ... ou presque. Il manque Brigitte et cela jette une ombre sur la gaieté ambiante ; Christian se morfond...

 

Le lendemain, Christian Ternier et le groupe apprennent l'affreuse nouvelle : Brigitte, en les rejoignant, a été renversée par la remorque d'un camion. La mort a été instantanée. Le ciel tombe sur la tête de Christian. Prostré, enfermé dans sa chambre, hors d'état d'assister aux funérailles de son amie fauchée injustement à 18 ans, il entre dans une profonde dépression et se coupe de son entourage. Quelques jours plus tard, muni de barbituriques, il se rend nuitamment au cimetière de la ville, s'allonge sur la dalle de la tombe de Brigitte Lambier. Avec une froide détermination, il avale une importante quantité de cachets. Puis, plus rien ... Jusqu'à ce réveil à l'hôpital. Il a été miraculeusement sauvé par le gardien du cimetière qui commença son service plus tôt ... et par le repas copieux pris la veille et qui a ralenti l'effet mortel des somnifères.

 

Entouré de l'affection des siens, Christian décide de remonter la pente. Il se jette à corps perdu dans la pratique du football dont il est déjà un excellent avant-centre de l'équipe de la ville jouant en division d'honneur. Il participe à un tournoi au Touquet, le mois de janvier suivant ce tragique 6 décembre. En souvenir de Brigitte, il se surpasse en étant l'artisan principal de la victoire de son équipe.

 

Peu après, il est contacté par le recruteur de l'équipe de Boulogne-sur-Mer évoluant en seconde division professionnelle (actuelle Ligue 2). Un contrat alléchant lui est proposé ; il y répond favorablement. Après d'heureuses péripéties – où il travaille dur sa technique et ses dribbles pour se mettre à niveau – il devient titulaire dans l'équipe. La finale de la Coupe de France, la montée en première division, la sélection en équipe de France, le transfert à Atvidaberg, une équipe suédoise de premier plan, constituent autant d'étapes d'une marche triomphale. Il a tout pour être heureux... Mais Brigitte n'est plus de ce monde. Décidément, la gloire ne fait pas le bonheur !

 

Ce livre pourrait faire l'objet d'une adaptation pour un téléfilm tant les dialogues sont alertes, vifs et directs. Bien qu'il ait été publié il y a trente ans, il reste un livre abordable pour les adolescents du niveau lycée qui y retrouveront peut-être, au travers de certains des personnages, les réactions qu'eux-mêmes auraient eu face à quelques situations décrites.

 

L'amour, l'amitié et le refus de la médiocrité sont bien au centre de ce roman.

 

Il est à regretter que l'auteur n'ait pas pu transformer cet essai prometteur. La difficulté de se faire éditer doit y être sans doute pour quelque chose...

 

Le joueur de triangle par André OBEY, (éditions Bernard GRASSET, 1928)

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le joueur de triangleAprès l'article sur Jean-Claude DARNAL, nous retournons dans la bonne ville de Douai où a vécu dans sa jeunesse une grande figure du monde théâtral du siècle dernier : André OBEY. Une fois de plus, on ne sera pas blasé de constater que notre région, malgré les clichés éculés que l'on continue à proférer à son encontre, a vu naître de fortes personnalités dans de bien nombreux domaines. Cela écrit, il est néanmoins vrai que l'attraction de la capitale a souvent été la plus forte pour quiconque caressait une ambition en dehors de toute activité à l'ombre de ceux qui furent les piliers de l'économie régionale : mines, métiers du fer, industrie textile, chimie...

 

Des activités séculaires existaient (existent toujours et continuent à toujours se développer malgré la crise !) dans les villes du Nord dont il serait trop long, ici, de développer sur leur rôle éminemment social de brassage. En tout cas, cela permettait de se constituer une notoriété en dehors des convenances habituelles de son milieu social. L'appartenance à un orchestre ou à une fanfare était le cas de figure le plus classique, surtout dans le bassin minier. La participation à des concours permettait d'élargir ses horizons géographiques et personnels...

 

Dans son enfance, André Obey était entré au Conservatoire de Douai où il excellait, paraît-il, au piano. On envisageait pour lui une carrière musicale. Mais, après une très bonne scolarité au lycée, il préféra sans doute jouer la carte de la prudence en préparant une licence en droit et une licence ès lettres.

 

La première guerre mondiale vint, de manière brutale, contrarier ses projets : il fut gravement blessé à la tête par des éclats d'obus le 29 août 1914. Soigné à Limoges où il poursuivit une longue convalescence, il y rencontra Jeanne Moreau (à ne pas confondre avec la grande actrice !) qui devint sa première épouse en 1919.

 

Démobilisé, il s'installa à Paris avec sa famille. Douai avait beaucoup souffert des bombardements ; il ne reconnaissait plus vraiment sa ville natale et les souvenirs de jeunesse semblaient appartenir à une autre planète... Pendant deux ans, il tâtonna, à la recherche de sa vocation. Pour des raisons alimentaires, il collabora à différents journaux comme critique musical et dramatique. Il tâta aussi de l'écriture en commençant par composer des récits autobiographiques qu'il réussit à faire publier ; mais ils passèrent quasiment inaperçus durant la première partie des années 1920.

 

En 1921, sa rencontre avec Jacques Copeau fut déterminante pour le reste de son existence. Jacques Copeau : une des rares personnes qui chercha, dès avant la guerre de 1914-1918, à dépoussiérer le répertoire du théâtre classique, à sortir de l'ornière du théâtre de boulevard trop omniprésent, à simplifier la mise en scène afin d'accorder la primauté au texte et au jeu de l'acteur. Dans les années 1920, il avait créé en Bourgogne une école d'Art dramatique : « les Copiaux » qu'André Obey fréquenta. Entre les deux hommes, ce fut le début d'une amitié exigeante, quelquefois orageuse.

La carrière théâtrale d'André Obey est particulièrement bien détaillée dans le catalogue de l'exposition présentée à la bibliothèque municipale de Douai du 8 novembre au 21 décembre 1985. Remarquons au passage un bel hommage de 1975 du regretté Jean-Louis Barrault, année de la disparition d'André Obey, repris dans ce catalogue dont un exemplaire est consultable à la médiathèque Gustave-Ansart.

A signaler qu'André Obey, outre ses créations, fut un grand serviteur de la culture. En 1944, après la Libération, il dirigea les émissions dramatiques et littéraires de la Radiodiffusion Française ; de 1945 à 1947, grande consécration, il devint administrateur général de la Comédie Française. Très sportif, André Obey avait couvert pour le journal « L'Equipe » les épreuves d'athlétisme des Jeux Olympiques de Londres en 1948.

 

« Le joueur de triangle », très autobiographique, nous raconte les débuts d'un jeune Douaisien de 17 ans, en 1910, au sein de l'orchestre municipal. Alors qu'il est très doué pour le piano, le directeur lui confie ... un triangle, considérant que cette place modeste ne revient qu'à lui. Il s'agit aussi d'une petite vengeance car le directeur n'aime pas les admirateurs de Debussy et de Ravel considérés par lui comme musiciens décadents ! Le jeune homme en est évidemment très vexé et rumine intérieurement sa déception car la musique occupe une place primordiale dans sa vie. Sa mère en est évidemment catastrophée...

 

Cependant, cette position ingrate lui permet d'analyser (avec le lecteur) le fonctionnement de l'orchestre. Il éprouve aussi un véritable coup de foudre pour deux jeunes musiciennes. Si la trame de ce roman peut paraître mince, il y également le contexte, ce décor de ville flamande confite dans ses traditions, sûre de ses valeurs immémoriales d'un monde quasi irréel que la guerre de 1914-1918 va lézarder.

Un mot sur le style, d'une grande fraîcheur juvénile. A croire que, durant de longues années, l'auteur a « porté » en lui ce roman avant de lui donner vie sur le papier. Une bonne surprise qui mérite d'être signalée pour cet ouvrage plus tout à fait récent comme une invitation à le découvrir et à le lire.

 

Pour ce livre, l'auteur obtint le Prix Renaudot en 1928. Publié initialement chez Bernard Grasset, l'exemplaire dont nous disposons est une réédition de 1992 (Miroirs Editions) avec une belle préface du célèbre compositeur Henri Dutilleux, d'origine douaisienne et Grand Prix de Rome de musique en 1938. Une présentation de Paul Renard, Président de la Société de Littérature du Nord, complète l'introduction et aide le lecteur curieux en situant bien le contexte de la « gestation » de ce roman.

 

Les rives incertaines par Robert MALLET (Editions Gallimard, 1993)

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les rives incertainesOn sait depuis longtemps que la Picardie demeure une terre d'écrivains. Disparu le 4 décembre 2002, Robert Mallet en était un illustre exemple, en tant que poète, aussi célébré à Amiens (sinon plus...) qu'à Paris. Le recteur Mallet disait-on avec déférence dans sa région natale à ce grand défenseur de la culture picarde. A juste titre car il organisa la création de l'Académie de Picardie en 1964, dont il fut le premier recteur, et participa à la création de l'Université d'Amiens. En 1970, il fut promu recteur de l'Académie de Paris jusqu'à sa retraite en 1980.

 

Robert Mallet vit le jour en mars 1915. Issu d'une famille bourgeoise (père avocat), il était né sous une bonne étoile à Mareuil-Caubert (ou à Paris, là les biographes divergent étant donné que Mareuil-Caubert se situait à proximité des zones de combat du front de la Somme). Très attaché aux lieux de son enfance, le poète –se proclamant pourtant citoyen du monde- défendra jusqu'à son dernier souffle la nature en baie de Somme et pourfendra la menace du « bétonnage » de ce littoral encore préservé heureusement.

 

Jeune homme, il fit ses études secondaires à Neuilly puis au lycée Louis-le-Grand à Paris. Il y fit la connaissance de François Valéry (le fils du grand poète, pas le chanteur !) qui l'amena à découvrir l'œuvre de son père et à susciter la vocation de l'écriture poétique.

Hélas, la guerre éclata de nouveau en septembre 1939. Gravement blessé lors des combats de mai-juin 1940, il fut fait prisonnier et transféré dans un camp où on le soigna tant bien que mal. Réussissant à s'évader, il rejoignit Paris et s'inscrivit au Barreau en tant qu'avocat stagiaire. C'est alors qu'il décida d'entrer dans la Résistance.

 

A la Libération en 1944, c'est l'éclosion d'une grande carrière littéraire doublée d'une non moins grande carrière universitaire. Afin d'éviter une fastidieuse énumération des titres de gloire de l'écrivain, on ne saurait trop conseiller au lecteur curieux de se référer au tome 9 de « L'histoire de la poésie française » de Robert SABATIER (éditions Albin Michel) disponible en Médiathèque. Plusieurs sites internet consacrent également des notices à Robert Mallet, notamment celui des éditions Gallimard et celui intitulé www.evene.fr (en dehors de l'incontournable Wikipedia !).

 

« Les rives incertaines » a reçu peu après sa parution le prestigieux prix mondial Cino Del Duca. Dans ce roman apparaissent en décor Paris et, surtout, la baie de Somme dont l'ambiance et le climat servent de révélateurs aux véritables traits de caractère des personnages. Le charme de la vieille cité de Saint-Valéry-sur-Somme contribue aussi à apporter une atmosphère plus chaleureuse.

Bertrand Fréchencourt, 44 ans, célibataire, mène une existence rangée et un peu morne entre ses occupations professionnelles (ingénieur agronome), sa demi-sœur Nathalie très possessive et quelques aventures sentimentales sans lendemain. Le jour où il rencontre Cora Bailleul, 19 ans, à Paris au jardin du Luxembourg, il ressent instinctivement que cette liaison ne sera pas comme les autres. Bertrand a cependant du mal à croire au grand amour. Il ne se livre qu'avec retenue, la différence d'âge y étant peut-être pour quelque chose. Il est aussi très attaché à son indépendance... Cora, issue d'une famille bourgeoise (un père notaire à Poitiers), cherche à s'émanciper d'un carcan familial trop étroit. Elle paraît lointaine voire ironique au début de sa liaison, un peu en décalage.

 

Un jour d'octobre, Bertrand accepte l'invitation de Cora de passer un week-end dans la villa de sa tante Judith, 60 ans, demeurant à Saint-Valéry-sur-Somme. Il y est reçu très chaleureusement, l'employée de maison appliquant à la lettre les directives de Judith.

 

D'autres week-ends, bien entendu, suivront... Quand Bertrand rencontre Judith, il est à la fois intimidé et intrigué : elle semble si cultivée, si accueillante, presque maternelle ... et à la fois très secrète. Il y a bien cette chambre à l'étage de la villa, toujours fermée à double tour, dont seule Judith possède la clef. Y cache-t-elle un souvenir douloureux de son passé ? Insensiblement, Bertrand se détourne de Cora et se rapproche de Judith. Celle-ci, au début, tente de garder ses distances en arguant (aussi !) de la différence d'âge.

 

Cependant l'amour finit par être le plus fort et il faut en même temps se cacher de Cora... On atteint là les « rives incertaines » du continent des sentiments. Se pose alors aux deux amants la question de l'issue d'une telle liaison... Question insondable, on s'en doute.

A vous lecteur de vous plonger dans la lecture de ce livre écrit comme on peut peindre une peinture impressionniste : tout en demi-teintes, tout en subtilités, tout en nuances comme le paysage de la baie de Somme !

 

La Médiathèque possède un autre roman de Robert Mallet, publié en 1985 : « Ellynn ». Dans les verts paysages d'Irlande, l'histoire des relations complexes et passionnées entre un père artiste-peintre et sa fille Ellynn.

 

La rumeur par Hugo CLAUS - (Editions de Fallois, 1997)

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la rumeurVu de France, quand on s'intéresse à la littérature belge du 20ème siècle, on pense automatiquement à Georges Simenon, à Emile Verhaeren, à Charles Plisnier, à Françoise Mallet-Joris et moins sérieusement à Hercule Poirot, un célèbre détective belge qui a inspiré Agatha Christie et qu'on ne présente plus !!! Tous s'expriment en français, écrivent en français, pensent en français malgré leurs origines flamandes pour certains. Jusqu'aux années 1960, la culture francophone était hégémonique partout en Belgique : c'était celle des élites bon chic bon genre.

 

Depuis, les choses ont bien changé. On assiste à un réveil de la culture et de la langue flamandes ... pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur avec des personnalités comme Hugo Claus.

Hugo Claus a failli ne pas devenir écrivain. Né à Bruges en 1929, il ne s'entend pas avec son père imprimeur qui le scolarise dans un strict pensionnat catholique. Très jeune, Il finit par s'enfuir et survit en devenant ouvrier saisonnier dans le Nord de la France. Puis, au cours d'un séjour à Paris, la rencontre avec le mouvement surréaliste et Antonin Artaud fut pour lui déterminante. Dans cette mouvance, de 1948 à 1951, il participa au mouvement artistique avant-gardiste COBRA (COpenhague, Bruxelles, Amsterdam). Originaires de l'Europe du Nord-Ouest, des peintres ont voulu s'opposer à la culture rationaliste occidentale de leur époque et prôner un retour au « primitif », à la culture naïve des enfants...

 

Cependant, la passion de l'écriture reprend vite le dessus. Il choisit d'écrire en néerlandais, sa langue maternelle, tout en se définissant comme un « flamingant francophile ». Entre 1950 et 2008, pas moins d'une centaine d'ouvrages sont publiés ( romans, recueils poétiques, pièces de théâtre, adaptations théâtrales...). Il se consacre toujours à la peinture mais aussi au cinéma qu'il a appris à apprécier au cours d'un séjour en Italie. Très attaché à sa Flandre natale, il a toujours voulu, malgré tout, faire « bouger » la société flamande à qui il reproche un trop grand traditionalisme et une médiocrité qui donne à ses habitants une vision très étriquée de l'existence. Toute son œuvre a voulu participer de cette prise de conscience et il n'hésitait pas à provoquer l'opinion publique (notamment au festival expérimental de Knokke -le-Zoute en 1967). Dans cet ordre des choses, la publication de son grand roman « Le Chagrin des Belges » en 1983 donna lieu à beaucoup de controverses : il y dénonce la collaboration flamande avec l'occupant nazi durant la Seconde Guerre Mondiale, sujet longtemps tabou en Belgique...

 

Plusieurs fois donné favori pour le Prix Nobel de Littérature, il ne put jamais obtenir cette distinction suprême. Néanmoins, une cinquantaine de prix littéraires ont contribué à faire passer son œuvre dans la postérité. Excusez du peu !

En septembre 2007, il a signé avec 400 personnalités flamandes une pétition en faveur de l'unité de la Belgique toujours menacée en cette année 2010. Atteint de la maladie d'Alzheimer depuis la fin des années 1990, Hugo Claus décida de mettre fin à ses jours le 19 mars 2008 en demandant à être euthanasié comme la loi belge le permet.

« La Rumeur » se déroule à la fin des années 1960 dans le village de Bousekerke où tout le monde épie tout le monde avec d'interminables commérages chez les habitués du café central. Le retour de René Catrysse au pays fait bien délier les langues. Malade et épuisé, il a servi dans une armée de mercenaires en Afrique centrale au service d'intérêts peu avouables. Le personnage fait peur : le repos d'un guerrier, même diminué, trouble la quiétude du village.

Adolf et Alma, ses parents, sont embarrassés : le départ il y a trois ans de leur enfant terrible pour de lointaines contrées leur laissait un répit salvateur et d'où –qui sait ?- il ne reviendrait jamais !

Voilà qu'une étrange épidémie se déclare à Bousekerke. Des dizaines d'habitants sont touchés les uns après les autres. Toutes sortes d'explications fusent au café « Le Pot-aux-Roses », le quartier général de ces fameux commérages, aussi farfelues les unes que les autres.

Ces tentatives d'explications ne suffisant pas, les habitués du café finissent par trouver un bouc-émissaire idéal en la personne de René Catrysse. On ne sait jamais : en Afrique, on peut contracter de curieuses maladies inconnues en Belgique. Circonstance aggravante, René Catrysse est né à la fin de la dernière guerre des amours entre un soldat nazi et Alma, la mère de René, qui servait comme infirmière volontaire dans l'armée allemande. Et la rumeur enfle, enfle...

Les parents de René commencent à subir des brimades. René va-t-il devoir fuir ?

 

L'écriture d'Hugo Claus fait bien ressortir les non-dits et la violence souterraine qui habite nombre des personnages du roman. Sous des dehors policés et dans une atmosphère de prospérité matérielle se cache une grande misère morale.

Chaque chapitre du roman se focalise soit sur un personnage soit sur l'ensemble des clients du café « Le Pot-aux-Roses ». Ces chapitres, souvent très brefs, trace de manière incisive un trait de caractère dominant, une attitude apparemment anodine d'untel ou d'unetelle qui apparaît soudainement révélatrice de sa personnalité profonde pour le lecteur. Une économie de moyens qui apparaît très efficace sans alourdir la démonstration. Hugo Claus a été réalisateur de films ; comme pour un scénario, cela se ressent aussi par le rythme vif dans la progression du roman et, répétons-le, dans la profondeur psychologique sans analyses laborieuses ni longs commentaires.

 

La Médiathèque Gustave-Ansart de Trith-Saint-Léger propose d'autres œuvres d'Hugo Claus à découvrir et à lire sans modération.

 

Le vent du Nord de Jean-Baptiste BARONIAN (éd. Anne-Marie Métailié)

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le vent du nordC'est par un spécialiste de la littérature fantastique, qu'en ce mois de septembre

2010, nous entamons une nouvelle série de chroniques.

Jean- Baptiste BARONIAN, né en 1942 à Anvers de parents d'origine arménienne a vécu son enfance et son adolescence à Bruxelles, véritable « melting-pot » de la Belgique à tous points de vue : éducation, culture, littérature, musique...Peu connu du public en France, quelques indications biographiques ne seront pas superflues concernant cette véritable éminence grise des milieux éditoriaux belges et français.

 

Très tôt attiré par la littérature, il se lance dans l'édition à l'âge de 25ans.

Mais après avoir édité un seul livre, sa maison cesse son activité. Malgré tout, il se fait un nom dans le monde éditorial bruxellois, et finit par rentrer en 1969 dans la vénérable maison Marabout (l'éditeur entre autres d'Henri Vernes, l'auteur des célèbres « Bob Morane » où il s'occupe du développement des collections »Fantastique » et « Science-fiction »). En 1975, la publication de l'anthologie « La Belgique fantastique » est saluée par la critique ; elle a été rééditée depuis aux éditions »Les Eperonniers «, en 1984. Dans la foulée, il publie également « La France fantastique ». Le fantastique est devenu son terrain de prédilection. Il met en valeur cette littérature à Paris ( au « Livre de poche »,par la création de la collection « Le masque fantastique » en 1977, de la série « Fin de siècle » chez 10-18 en 1988,...).

Spécialiste reconnu du créateur de la série « Harry DICKSON », Jean Ray, il se charge, dès 1982, d'une monumentale réédition complète des « Harry DICKSON » (qui ont paru initialement en fascicules).

 

Outre ces activités prenantes, Jean-Baptiste BARONIAN se consacre à l'écriture sous son propre nom ou sous le pseudonyme d'Alexandre LOUS pour des romans policiers. Les lecteurs réguliers du « Magazine Littéraire » (disponible en Médiathèque) le connaissent pour ses chroniques de bibliophilie (sous son véritable nom). Depuis une dizaine d'années, il écrit également pour les enfants dans des genres divers (contes, énigmes policières...)

 

« Le vent du Nord » a été publié en 1996 chez Anne-Marie Métailié. Un mois de novembre, dans les années 1950, Alexandre, 12 ans, séjourne chez sa tante Lucienne dans une superbe demeure à Knokke-le-Zoute (Côte Belge). Un enfant solitaire et rêveur qui cherche à échapper à l'atmosphère étouffante de la villa. Il se rend souvent dans les dunes à la recherche d'un trésor imaginaire, mais à qui vraisemblablement ses lectures ont donné la force du réel...

Un monde paisible, cossu, bien ordonné que rien ne viendrait troubler sauf que...chercher un hypothétique trésor n'est pas une activité anodine !

La Seconde Guerre Mondiale n'est pas loin dans le temps. C'est pourquoi un jour, Alexandre découvre un revolver au côté d'une vieille chaussure apparente.

Il serre contre lui cette trouvaille fascinante.

 

Tout bascule lorsque surgit, peu après, un homme menaçant qui se jette sur lui.

Machinalement, l'enfant appuie sur la détente deux fois et...deux coups partent. Et c'est

l'horreur. Epouvanté Alexandre s'enfuit à toutes jambes des dunes désertes, longe la digue, retourne chez sa tante, camoufle immédiatement le revolver dans la cave à vins. Apparemment, personne ne l'a vu. Dans l'affolement, seuls ses moufles sont restées dans les dunes à côté du cadavre...

 

Les choses se compliquent avec le docteur Vermote qui vient de plus en plus souvent rendre visite à la tante Lucienne à la villa « La Reculée ». Pour des raisons uniquement médicales ? Son titre de médecin l'amène aussi à exercer des fonctions de médecin légiste pour la police locale. Appelé sur les lieux du meurtre, il reconnaît immédiatement les moufles achetées avec tante Lucienne dans une mercerie de la ville...

 

Un enfant timide et sensible, meurtrier malgré lui, va devoir affronter les allusions insidieuses du docteur Vermote. De plus, si cela ne suffisait pas, il n'aurait pas du entrer sans frapper à ce moment dans la chambre de tante Lucienne...

 

Composé de 97 chapitres en 173 pages, ce livre apparaît construit comme un tableau où l'écrivain (le peintre ?) , par petites touches, suggère la dramatisation croissante de la situation lorsqu' Alexandre doit quitter son enfance et affronter un monde d'adultes qu'il ne soupçonnait pas .On peut très bien imaginer le résultat final où l'enfant est, au centre du tableau, le seul point lumineux d'un ensemble sombre et torturé.

 

Au total, un livre d'une lecture agréable et dont la brièveté des chapitres incite à ne pas le reposer avant de l'avoir achevé, d'autant plus que l'épilogue, quarante ans plus tard, sera surprenant.

 

La médiathèque Gustave- Ansart possède d'autres œuvres de J.B. Baronian chez les adultes comme chez les jeunes. Se renseigner, bien sûr , sur place auprès du personnel.

 

A signaler, pour terminer, un ouvrage remarquable : « Panorama de la littérature fantastique de la langue française » publié initialement en 1978 et remis à jour en 2000 (éditions » la Renaissance du Livre » à Tournai). Ce livre est une excellente introduction à un pan très méconnu de notre littérature. Il est, bien sûr, disponible en Médiathèque.

 

 

La troublante et très étrange aventure de Maître Pasquier Alard De Philippe VALCQ (Miroirs Editions, 1992)

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maitre pasquier alardLa vieille ville de Montreuil-sur-Mer, sertie dans ses remparts et fière de son patrimoine historique, ne semble plus vivre aujourd'hui que du tourisme durant la belle saison. Au fil des siècles, la mer toute proche, qui lui avait permis d'avoir une activité portuaire intense et donc de la prospérité, s'est éloignée progressivement jusqu'à l'actuelle ville du Touquet. Montreuil fut, durant une partie du Moyen-Age, le seul débouché maritime direct pour la monarchie française (elle appartenait, en effet, au domaine royal).

 

Si Victor Hugo la fit revivre dans « Les Misérables », un autre auteur beaucoup plus contemporain mais peu connu dans notre Région, en fit le décor haut en couleurs d'un roman publié en 1992 par Miroirs Editions. Il s'agit de Philippe Valcq. Un vrai roman d'aventures dont l'action se situe à la fin du 16ème siècle, à mi-chemin entre « Fortune de France » de Robert Merle et « Da Vinci Code » de Dan Brown, à mi-chemin entre un Moyen-Age qui se prolonge et l'époque des rois absolus (Louis XIV, Louis XV...).

Ce livre est écrit comme un roman feuilleton dans la lignée de ceux d'Eugène Sue, de Michel Zévaco, d'Alexandre Dumas où les rebondissements de l'intrigue attendent le lecteur pratiquement à chaque détour du récit.

 

L'auteur, originaire de Tourcoing, est installé à Montreuil-sur-Mer depuis 1972. Passionné par le passé de sa ville d'adoption, il la connaît dans ses moindres recoins. Depuis la fin des années 1970, il publie régulièrement les résultats de ses recherches historiques « Les rues de Montreuil », « Les moulins du pays de Montreuil »...). Auteur également de sept romans, de recueils de nouvelles et de contes, scénariste de bande dessinée, etc... Ses talents sont multiples, tout entier au service d'une ville et de ses alentours qui lui sont chers.

 

Nous sommes en novembre 1587. Maître Pasquier Alard, tabellion royal (équivalent de notaire), mène une vie paisible dans un contexte extrêmement troublé. Depuis près de trente ans, les guerres de religion ensanglantent la France. La ville de Montreuil n'y échappe pas. Elle est partagée entre trois factions rivales : les protestants (huguenots) qui rêvent de la prendre d'assaut, les ultra-catholiques (autour du duc de Guise) qui ne cessent de comploter et les loyalistes (partisans du roi Henri III) qui gèrent la ville.

 

Un soir de ce mois de novembre 1587, maître Pasquier Alard se rend discrètement chez le mayeur (maire) de Montreuil suite à l'invitation qui lui fut adressée. Quelle ne fut pas sa surprise en y découvrant la présence de fortes personnalités de la noblesse locale et du clergé catholique (dont l'évêque de Boulogne-sur-Mer, chassé de sa ville par les huguenots et réfugié à Montreuil) venant lui demander son concours pour deux missions à la fois très délicates et très confidentielles. Fortement impressionné, notre héros ne put qu'accepter la peur au ventre...

 

Entre le 9 novembre 1587 et janvier 1589, maître Pasquier Alard ne fut plus maître de son destin. Il risqua cent fois la mort et cent fois y échappa de justesse. De multiples péripéties lui firent côtoyer le monde de l'alchimie, de la sorcellerie et de l'ordre des Templiers (pourtant disparu au 14ème siècle non sans avoir lancé des malédictions). Un mélange particulièrement détonnant ! La recherche de l'immortalité et de l'extrême richesse était encore capable de susciter des âmes damnées.

 

Dans cette ambiance de folie, de destruction et de mort, le lecteur est aussi invité à une découverte du vieux Montreuil dont maints bâtiments sont encore debout de nos jours. Cryptes, passages secrets y abondent : véritables témoins d'une dure époque où l'insécurité régnait. Certains d'entre eux ont longtemps conservé leurs mystères jusqu'à la Révolution Française comme la Chartreuse de Neuville-sous-Montreuil. Ainsi qu'il est précisé sur la quatrième page de couverture : « C'est un livre à lire le soir ou la nuit, au coin du feu, quand le vent de Septentrion balaie le Vieux Pays, à l'heure où le bois craque, quand les arbres reprennent leur forme d'êtres damnés et que la terre se souvient... ». Alors que l'automne se profile, une passionnante lecture vous est proposée. Dépaysement garanti ! A noter que ce livre peut être lu dès l'adolescence, malgré de nombreuses scènes violentes inévitables dans ce type de roman historique.

 

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