La rumeur par Hugo CLAUS - (Editions de Fallois, 1997)

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la rumeurVu de France, quand on s'intéresse à la littérature belge du 20ème siècle, on pense automatiquement à Georges Simenon, à Emile Verhaeren, à Charles Plisnier, à Françoise Mallet-Joris et moins sérieusement à Hercule Poirot, un célèbre détective belge qui a inspiré Agatha Christie et qu'on ne présente plus !!! Tous s'expriment en français, écrivent en français, pensent en français malgré leurs origines flamandes pour certains. Jusqu'aux années 1960, la culture francophone était hégémonique partout en Belgique : c'était celle des élites bon chic bon genre.

 

Depuis, les choses ont bien changé. On assiste à un réveil de la culture et de la langue flamandes ... pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur avec des personnalités comme Hugo Claus.

Hugo Claus a failli ne pas devenir écrivain. Né à Bruges en 1929, il ne s'entend pas avec son père imprimeur qui le scolarise dans un strict pensionnat catholique. Très jeune, Il finit par s'enfuir et survit en devenant ouvrier saisonnier dans le Nord de la France. Puis, au cours d'un séjour à Paris, la rencontre avec le mouvement surréaliste et Antonin Artaud fut pour lui déterminante. Dans cette mouvance, de 1948 à 1951, il participa au mouvement artistique avant-gardiste COBRA (COpenhague, Bruxelles, Amsterdam). Originaires de l'Europe du Nord-Ouest, des peintres ont voulu s'opposer à la culture rationaliste occidentale de leur époque et prôner un retour au « primitif », à la culture naïve des enfants...

 

Cependant, la passion de l'écriture reprend vite le dessus. Il choisit d'écrire en néerlandais, sa langue maternelle, tout en se définissant comme un « flamingant francophile ». Entre 1950 et 2008, pas moins d'une centaine d'ouvrages sont publiés ( romans, recueils poétiques, pièces de théâtre, adaptations théâtrales...). Il se consacre toujours à la peinture mais aussi au cinéma qu'il a appris à apprécier au cours d'un séjour en Italie. Très attaché à sa Flandre natale, il a toujours voulu, malgré tout, faire « bouger » la société flamande à qui il reproche un trop grand traditionalisme et une médiocrité qui donne à ses habitants une vision très étriquée de l'existence. Toute son œuvre a voulu participer de cette prise de conscience et il n'hésitait pas à provoquer l'opinion publique (notamment au festival expérimental de Knokke -le-Zoute en 1967). Dans cet ordre des choses, la publication de son grand roman « Le Chagrin des Belges » en 1983 donna lieu à beaucoup de controverses : il y dénonce la collaboration flamande avec l'occupant nazi durant la Seconde Guerre Mondiale, sujet longtemps tabou en Belgique...

 

Plusieurs fois donné favori pour le Prix Nobel de Littérature, il ne put jamais obtenir cette distinction suprême. Néanmoins, une cinquantaine de prix littéraires ont contribué à faire passer son œuvre dans la postérité. Excusez du peu !

En septembre 2007, il a signé avec 400 personnalités flamandes une pétition en faveur de l'unité de la Belgique toujours menacée en cette année 2010. Atteint de la maladie d'Alzheimer depuis la fin des années 1990, Hugo Claus décida de mettre fin à ses jours le 19 mars 2008 en demandant à être euthanasié comme la loi belge le permet.

« La Rumeur » se déroule à la fin des années 1960 dans le village de Bousekerke où tout le monde épie tout le monde avec d'interminables commérages chez les habitués du café central. Le retour de René Catrysse au pays fait bien délier les langues. Malade et épuisé, il a servi dans une armée de mercenaires en Afrique centrale au service d'intérêts peu avouables. Le personnage fait peur : le repos d'un guerrier, même diminué, trouble la quiétude du village.

Adolf et Alma, ses parents, sont embarrassés : le départ il y a trois ans de leur enfant terrible pour de lointaines contrées leur laissait un répit salvateur et d'où –qui sait ?- il ne reviendrait jamais !

Voilà qu'une étrange épidémie se déclare à Bousekerke. Des dizaines d'habitants sont touchés les uns après les autres. Toutes sortes d'explications fusent au café « Le Pot-aux-Roses », le quartier général de ces fameux commérages, aussi farfelues les unes que les autres.

Ces tentatives d'explications ne suffisant pas, les habitués du café finissent par trouver un bouc-émissaire idéal en la personne de René Catrysse. On ne sait jamais : en Afrique, on peut contracter de curieuses maladies inconnues en Belgique. Circonstance aggravante, René Catrysse est né à la fin de la dernière guerre des amours entre un soldat nazi et Alma, la mère de René, qui servait comme infirmière volontaire dans l'armée allemande. Et la rumeur enfle, enfle...

Les parents de René commencent à subir des brimades. René va-t-il devoir fuir ?

 

L'écriture d'Hugo Claus fait bien ressortir les non-dits et la violence souterraine qui habite nombre des personnages du roman. Sous des dehors policés et dans une atmosphère de prospérité matérielle se cache une grande misère morale.

Chaque chapitre du roman se focalise soit sur un personnage soit sur l'ensemble des clients du café « Le Pot-aux-Roses ». Ces chapitres, souvent très brefs, trace de manière incisive un trait de caractère dominant, une attitude apparemment anodine d'untel ou d'unetelle qui apparaît soudainement révélatrice de sa personnalité profonde pour le lecteur. Une économie de moyens qui apparaît très efficace sans alourdir la démonstration. Hugo Claus a été réalisateur de films ; comme pour un scénario, cela se ressent aussi par le rythme vif dans la progression du roman et, répétons-le, dans la profondeur psychologique sans analyses laborieuses ni longs commentaires.

 

La Médiathèque Gustave-Ansart de Trith-Saint-Léger propose d'autres œuvres d'Hugo Claus à découvrir et à lire sans modération.